Élokaï Nechama : l’âme que Tu m’as donnée est pure
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Achèr Yatsar a remercié Hachem pour le corps. Juste après, Élokaï Nechama Le remercie pour l’âme : pure telle qu’Il l’a donnée, gardée en nous, rendue ce matin. Dans cette leçon je raconte d’où vient la bénédiction et pourquoi elle n’a pas de Boroukh au début ; puis nous suivons le voyage de l’âme tel que l’explique la ’Hassidout, de sa source jusque dans le corps, et pourquoi elle descend ; puis nous lisons la bénédiction ligne par ligne et mot à mot, avec quatre nouvelles notions de grammaire.
D’où vient la bénédiction : l’instant du réveil
La source d’Élokaï Nechama est la même page de la Guemara (Berakhot 60b) qui nous a donné Achèr Yatsar et les bénédictions du matin. La Guemara enseigne d’abord ce que l’on dit en s’endormant, la bénédiction HaMapil, puis, aussitôt après : « Quand il se réveille, il dit : Èlo-kaï, nechomo chènossato bi tehoro… ». Ensuite seulement viennent les bénédictions pour le chant du coq, l’ouverture des yeux, l’habillement et les autres (leçon 3).
Élokaï Nechama est donc la réponse à la nuit. Le soir, l’homme remet son âme à Hachem ; le matin, avant toute chose, il Le remercie de la lui rendre. Selon la loi de la Guemara, écrit l’Admour Hazaken, on doit la dire « dès le réveil » (Choul’han Aroukh HaRav 6:7).
Qui en a écrit les mots ? Les notes du siddour citent le Rabbi Maharach (Torat Chmouel 5640) : c’est la formulation qu’ont instituée les Hommes de la Grande Assemblée ; elle leur avait été transmise de bouche à oreille, et toutes leurs paroles sont des paroles de tradition reçue.
כִּי מִתְּעַר אוֹמֵר: ״אֱלֹהַי, נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתָּ בִּי טְהוֹרָה. אַתָּה יְצַרְתָּהּ בִּי, אַתָּה נְפַחְתָּהּ בִּי, וְאַתָּה מְשַׁמְּרָהּ בְּקִרְבִּי, וְאַתָּה עָתִיד לִיטְּלָהּ מִמֶּנִּי וּלְהַחֲזִירָהּ בִּי לְעָתִיד לָבֹא. כׇּל זְמַן שֶׁהַנְּשָׁמָה בְּקִרְבִּי מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה׳ אֱלֹהַי וֵאלֹהֵי אֲבוֹתַי, רִבּוֹן כׇּל הָעוֹלָמִים, אֲדוֹן כׇּל הַנְּשָׁמוֹת. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים״.מִיָּד שֶׁנֵּעוֹר מִשְּׁנָתוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ "אֱלֹהַי נְשָׁמָה" מִדִּינָא דִּגְמָרָא
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 6:7 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · cité (traduit de l’anglais) et en hébreu · chabad.org/…/aid/3268368
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Elokai Neshama · note hébraïque citant Torat Chmouel 5640, vol. 2, p. 501–502 ; en paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349711

De la Guemara à notre siddour
Placez les mots de la Guemara à côté de notre siddour et vous trouverez ces différences :
- après טְהוֹרָה, « pure », notre siddour ajoute הִיא, « elle est » ;
- notre siddour ajoute אַתָּה בְרָאתָהּ, « Tu l’as créée », avant « Tu l’as formée » ; et là où la Guemara dit « Tu l’as formée en moi », notre siddour dit seulement « Tu l’as formée » ;
- la Guemara écrit לִיטְּלָהּ avec un youd, notre siddour לִטְּלָהּ ; la Guemara a לְעָתִיד, notre siddour לֶעָתִיד ;
- la Guemara dit רִבּוֹן כָּל הָעוֹלָמִים, « Maître de tous les mondes » ; notre siddour dit רִבּוֹן כָּל הַמַּעֲשִׂים, « Maître de toutes les œuvres ».
Les mots « Tu l’as créée » comptent beaucoup : avec eux, la bénédiction nomme quatre étapes, pure, créée, formée, insufflée, et les explications ’hassidiques de la section suivante sont bâties exactement sur ces quatre. Notre siddour, Tehilat Hachem, imprime le texte tel que vous le trouverez plus bas dans « Le texte ».
Chabad.org, Online Siddur : Elokai Neshama · texte du Siddour Tehilat Hachem ; vérifié mot à mot le 2 novembre 2026 · chabad.org/torah-texts/2349711
Une bénédiction sans Boroukh au début
Presque chaque bénédiction s’ouvre par Boroukh Ato Ado-noï. Élokaï Nechama s’ouvre par « Mon D.ieu », et ne dit Boroukh qu’à la fin. Pourquoi ?
Le Choul’han Aroukh (Ora’h ’Haïm 6:3) répond en une ligne : « La bénédiction Élokaï Nechama ne s’ouvre pas par Boroukh, parce que c’est une bénédiction de remerciement. » L’Admour Hazaken explique la règle (Choul’han Aroukh HaRav 6:6) : toute bénédiction s’ouvre par Boroukh, sauf une bénédiction qui en suit directement une autre, et une bénédiction de remerciement, comme le remerciement dit pour une pluie abondante, « Nous Te remercions pour chaque goutte », qui « est tout entière une expression de gratitude ». Et il écrit de notre bénédiction : « Si Élokaï Nechama ne commence pas par Boroukh, c’est parce que c’est une bénédiction de remerciement » (6:7, traduit de l’anglais).
Écoutez son cœur : מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶֽיךָ, « je Te rends grâce », les mots mêmes de Modè Ani (leçon 1). Modè Ani se dit à l’instant où l’on ouvre les yeux, avant l’ablution ; Élokaï Nechama redit le même merci, cette fois avec les Noms d’Hachem et une bénédiction de conclusion.
Malgré cela, l’Admour Hazaken écrit qu’il est bon de la dire juste après Achèr Yatsar, pour que les deux soient « dites comme des bénédictions qui se suivent », et que le Boroukh qui ouvre Achèr Yatsar serve aussi à Élokaï Nechama (6:7). Voilà pourquoi, dans notre siddour, elle vient juste après Achèr Yatsar.
בִּרְכַּת אֱלֹהַי נְשָׁמָה אֵינָהּ פּוֹתַחַת בְּבָרוּךְ מִפְּנֵי שֶׁהִיא בִּרְכַּת הַהוֹדָאָהוּמַה שֶּׁאֵינָהּ פּוֹתַחַת בְּבָרוּךְ, הַיְנוּ לְפִי שֶׁהִיא בִּרְכַּת הַהוֹדָאָה
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 6:6–7 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · 6:6 en paraphrase avec une courte citation ; 6:7 cité (traduit de l’anglais) et en hébreu · chabad.org/…/aid/3268368
Se réveiller deux fois
Parce que la bénédiction appartient au réveil, l’Admour Hazaken parle de celui qui se lève tôt et sait qu’il se rendormira d’un vrai sommeil. Il dit alors Élokaï Nechama sans sa conclusion ; avant le second sommeil, il dit HaMapil sans son ouverture ; et quand il se lève la seconde fois, il dit Élokaï Nechama avec sa conclusion. Al Netilat Yadayim, en revanche, ne se dit que la première fois qu’il se lève (Choul’han Aroukh HaRav 6:8).
Je l’apporte pour montrer combien la bénédiction est liée au retour de l’âme, non comme guide pratique. Pour votre pratique, consultez votre rav.
« Donnée » et « pure » : l’âme ne change pas
Le commentaire du siddour s’ouvre sur deux mots.
שֶׁנָּתַֽתָּ, « que Tu as donnée ». Quand quelqu’un donne un objet à un autre, l’objet passe d’un domaine à l’autre, mais lui-même ne change pas. Ainsi de l’âme : quand elle est « donnée » à l’homme dans ce monde, elle ne change pas dans son essence ; elle garde sa nature divine. Le commentaire l’apporte des maamarim du Rabbi précédent (Séfer HaMaamarim 5708, p. 17) : seul son lieu a changé.
טְהוֹרָה, « pure ». Le mot טָהוֹר signifie aussi « clair, brillant », comme dans le verset « comme le ciel même en sa clarté », וּכְעֶצֶם הַשָּׁמַיִם לָטֹֽהַר (Chemot 24:10). Et le Targoum araméen appelle midi, l’heure la plus lumineuse du jour, טִיהֲרָא. « L’âme est pure » signifie donc que sa nature divine brille (Likouté Torah, Reé 27a).
טָהוֹר מִלְּשׁוֹן כְּעֶצֶם הַשָּׁמַיִם לָטֹהַר וּמִלְּשׁוֹן תַּרְגּוּם צָהֳרַיִם טִיהֲרָא שֶׁהוּא מִלְּשׁוֹן בְּהִירוּת
Chemot 24:10 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Exodus.24.10
Quatre marches vers le bas, et une cinquième qui reste en haut
La bénédiction raconte le voyage de l’âme depuis sa source jusque dans le corps. Le commentaire explique qu’elle nomme quatre niveaux, qui correspondent aux quatre mondes :
- « elle est pure » : l’âme dans Atsilout, le monde de la divinité même ;
- « Tu l’as créée » : Beria, « création », où quelque chose commence à exister à partir du néant ;
- « Tu l’as formée » : Yetsira, « formation », le monde des anges ;
- « Tu l’as insufflée en moi » : Assiya, « action », et notre monde matériel, où l’âme entre dans le corps.
Ces quatre correspondent aussi aux quatre lettres du Nom Havaya, et à quatre niveaux de l’âme : néfèch, roua’h, nechama et ’haya. Dans le Likouté Torah (Drouchim leYom Kippour 69a), l’Admour Hazaken cite un verset qui nomme trois des étapes l’une après l’autre : כֹּל הַנִּקְרָא בִשְׁמִי וְלִכְבוֹדִי בְּרָאתִיו יְצַרְתִּיו אַף עֲשִׂיתִֽיו, « quiconque est appelé de Mon Nom, et pour Ma gloire, Je l’ai créé, Je l’ai formé, Je l’ai même fait » (Yecha’ya 43:7).
La cinquième. Il existe un niveau plus élevé encore, la ye’hida, le cœur même de l’âme. Il est évoqué par « et Tu la gardes en moi ». L’âme n’entre pas tout entière dans le corps, explique le Likouté Torah (Chir HaChirim 30c), seulement un rayon d’elle ; sa part principale reste en haut, comme un makif qui « entoure » la personne. Et c’est cette part supérieure qui maintient et garde la part intérieure.
Le Rabbi ajoute (Torat Mena’hem vol. 9, p. 133–134) : de même que le Nom Havaya a quatre lettres et aussi la pointe du youd au-dessus d’elles, l’âme a cinq niveaux ; la bénédiction en compte quatre, et le cinquième est inclus dans « elle est pure », le niveau du youd. Ailleurs (vol. 10, p. 108), il écrit que « pure » se tient même au-dessus du lieu « sous le Trône de gloire » d’où, comme le disent nos Sages, les âmes ont été taillées.
שֶׁעַ"י הַמַּקִּיף תִּתְקַיֵּים הַנְּשָׁמָה שֶׁבִּפְנִימִית
Yecha’ya 43:7 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Isaiah.43.7

Pourquoi descendre ? De « pur » à « saint »
Si l’âme était pure en haut, pourquoi la faire descendre par toutes ces étapes jusque dans un corps ? Le commentaire répond : la bénédiction relie l’âme qui est dans le corps à sa source en haut, et lui donne la force de sa mission, raffiner le corps et son entourage et en faire une demeure pour Hachem. Par ce travail, l’âme monte plus haut qu’elle n’était avant sa descente.
Le Likouté Torah (Reé 28c) le dit en toutes lettres : « cette descente est pour une grande élévation ». En haut, l’âme était tahor, « pure » ; par la Torah et les mitsvot dans le corps, elle s’élève jusqu’à kodech, « saint », qui est plus haut que pur, comme le dit le verset : וְאַנְשֵׁי קֹדֶשׁ תִּהְיוּן לִי, « vous serez pour Moi des hommes saints » (Chemot 22:30). Dans les Drouchim leYom Kippour (69a), l’Admour Hazaken relie cela aux mots que nous disons sur chaque mitsva, אֲשֶׁר קִדְּשָֽׁנוּ, « qui nous a sanctifiés » (leçon 2).
Le puits. Le Likouté Torah (’Houkat 62c) donne une image de la vie de l’âme dans le corps : un puits, dont l’eau monte de sous la terre. Parce que l’eau passe à travers la terre, elle est filtrée et sort plus claire. Ainsi l’âme est raffinée justement par les mitsvot qu’elle accomplit avec des choses matérielles.
יְרִידָה זוֹ צוֹרֶךְ עֲלִיָּיה גְּדוֹלָה הִיאבְּאֵר שֶׁנּוֹבַעַת מִתַּחַת לָאָרֶץ דַּיְיקָא שֶׁעַל יְדֵי שֶׁהַמַּיִם הוֹלְכִים דֶּרֶךְ עֲפַר הָאָרֶץ הֵם מִתְבָּרְרִים וְנַעֲשִׂים צְלוּלִים יוֹתֵר
Chemot 22:30 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Exodus.22.30

Chaque Juif dit les mêmes mots
Chaque Juif dit cette bénédiction avec les mêmes mots, de l’âme la plus élevée à la plus simple. Le Rabbi Maharach demande (Torat Chmouel 5640) : comment une âme d’Atsilout peut-elle dire « Tu l’as créée, Tu l’as formée » ? Parce que, pour faire vivre un corps matériel, elle aussi a dû descendre par les mondes de la création, de la formation et de l’action. Et comment une âme dont la racine est plus basse peut-elle dire « elle est pure » ? Parce qu’elle aussi reste liée à la source de toute âme, dans Atsilout.
Le commentaire ajoute un mot tiré de Pokéa’h Ivrim. La nuit, on a confié son âme à Hachem en disant « Entre Tes mains je dépose mon esprit » ; ainsi rien d’impur n’y reste attaché, et l’on peut dire le matin « l’âme est pure ». Et Hachem rend les âmes nettoyées de leurs vêtements souillés ; c’est pourquoi, dit-il, on doit être dans la joie.
« Tu l’as insufflée en moi » : du plus intime
Pourquoi la bénédiction dit-elle נְפַחְתָּהּ, « Tu l’as soufflée en moi », et non « Tu l’as dite » ou « Tu l’as placée » ? L’Admour Hazaken répond au deuxième chapitre du Tanya. L’âme juive, écrit-il, est véritablement « une parcelle de D.ieu d’en haut », comme il est écrit d’Adam : וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים, « Il souffla dans ses narines une âme de vie » (Béréchit 2:7), « et comme nous le disons dans la prière à propos de l’âme de chaque Juif : “Tu l’as soufflée en moi” ». Puis il cite le Zohar :
« Celui qui souffle, souffle de l’intérieur de lui-même », c’est-à-dire de son intériorité et de son être le plus intime, « car c’est de sa vitalité intérieure et la plus intime que l’homme fait sortir son souffle avec force » (traduit de l’anglais).
Parler coûte peu à l’homme ; souffler fort le fatigue, parce que cela vient du plus profond de lui. Le mot « souffla » nous dit donc d’où vient l’âme : du plus intime d’Hachem.
וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּזֹּהַר, מַאן דְּנָפַח מִתּוֹכֵיהּ נָפַח, פֵּירוּשׁ, מִתּוֹכִיּוּתוֹ וּמִפְּנִימִיּוּתוֹ, שֶׁתּוֹכִיּוּת וּפְנִימִיּוּת הַחַיּוּת שֶׁבָּאָדָם מוֹצִיא בִּנְפִיחָתוֹ בְּכֹחַ
Béréchit 2:7 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Genesis.2.7
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Elokai Neshama · commentaire sur אַתָּה נְפַחְתָּהּ בִּי, avec ses notes renvoyant au Tanya ch. 2 et aux maamarim Yom Tov chel Roch Hachana 5666, p. 489 · chabad.org/torah-texts/2349711
Qui dit « en moi » ?
Le Likouté Torah (Haazinou 74b–c) pose une question simple : quand un Juif dit « l’âme que Tu as donnée en moi… Tu la gardes en moi », qui parle ? Pas le corps : le corps, à lui seul, n’a ni parole ni pensée. C’est l’âme vitale et intellectuelle, celle qui parle, qui dit « en moi » à propos de l’âme divine, la « parcelle de D.ieu d’en haut », qui est pure et qui vient se revêtir en elle.
Ainsi chaque matin, la part de moi qui pense et qui parle, celle que j’appelle d’habitude « moi », regarde l’âme divine qui est en elle et dit : tu n’es pas à moi ; tu m’as été donnée.
מִי הוּא הָאוֹמֵר בִּי וּבְקִרְבִּי, שֶׁלֹּא שַׁיָּיךְ לוֹמַר זֶה עַל הַגּוּף
Chaque matin, une petite résurrection
Pourquoi une bénédiction dite au réveil parle-t-elle du temps à venir, « et me la rendre lè’ossid lovo » ? Le Torat ’Haïm (Vaéra 74d) explique : le retour de l’âme dans le corps chaque matin, après le sommeil, est comme la résurrection des morts du temps à venir. C’est aussi pourquoi, dit-il, Élokaï Nechama se dit justement après la bénédiction sur l’ablution des mains.
Et la conclusion, הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים, « qui rend les âmes aux corps sans vie » ? Le Likouté Torah (Emor 31b) explique : quand l’âme s’en va, le corps est un cadavre, comme une pierre, ainsi qu’on le voit la nuit dans le sommeil, quand l’âme se retire et qu’il ne reste qu’une trace de vie, car « le sommeil est un soixantième de la mort ». Voilà pourquoi chaque matin, en nous levant, nous bénissons « qui rend les âmes aux corps sans vie », « car chaque jour la vie se renouvelle et l’on devient une créature nouvelle ».
Et de là, poursuit le Likouté Torah, apprenez sur le monde entier. Je ne peux pas voir mon âme, et pourtant je sais qu’elle est là, parce que je vois ce qu’elle fait : elle donne la vie à mon corps. De même, le monde entier est comme un grand corps vivant, et il faut bien une force de vie qui le fasse vivre : la divinité en est l’âme. C’est le verset וּמִבְּשָׂרִי אֶחֱזֶה אֱלֽוֹהַּ, « de ma chair je vois D.ieu » (Iyov 19:26).
בְּכָל יוֹם מִתְחַדֵּשׁ הַחַיּוּת וְנַעֲשֶׂה בְּרִיָּה חֲדָשָׁה
Iyov 19:26 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Job.19.26
« Je Te la remets, dès maintenant »
Au chapitre 41 du Tanya, l’Admour Hazaken demande pourquoi Élokaï Nechama a été placé tout au début des bénédictions du matin, avant la prière. Sa réponse fait des mots « Tu l’as insufflée en moi … et Tu la reprendras un jour de moi » une décision que le Juif prend chaque matin : אֲנִי מוֹסְרָהּ וּמַחֲזִירָהּ לְךָ, « je Te la remets et Te la rends ». Il écrit :
« C’est-à-dire : puisque Tu l’as insufflée en moi et que Tu la reprendras un jour de moi, dès maintenant je Te la remets et Te la rends pour l’unir à Ton unité, … c’est-à-dire en liant ma pensée à Ta pensée et ma parole à Ta parole, par les lettres de la Torah et de la prière que je prononce, et surtout quand on s’adresse à D.ieu à la deuxième personne, comme dans la formule “Béni sois-Tu”, et autres semblables. »
— Tanya, Likouté Amarim, ch. 41 (traduit de l’anglais, Lessons in Tanya, sur Chabad.org)
Des liens que je propose
Ces liens sont les miens ; ce ne sont pas les mots du Tanya.
De Modè Ani à « tant que ». Dans Modè Ani, j’ai remercié Hachem de m’avoir rendu mon âme, avec les mots מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶֽיךָ. Ici les mêmes mots reviennent, mais avec une durée : « tant que l’âme est en moi, je Te rends grâce. » Le merci du premier instant doit s’étendre sur toute la journée.
Cinq fois « Tu ». Comptez le mot אַתָּה dans la bénédiction : « Tu l’as créée, Tu l’as formée, Tu l’as insufflée en moi, et Tu la gardes, et Tu la reprendras. » Cinq fois je parle directement à Hachem, et ensuite seulement vient בָּרוּךְ אַתָּה. Le Tanya dit que la remise de l’âme se fait « surtout » quand on parle à Hachem à la deuxième personne ; la bénédiction elle-même m’y entraîne.
Remettre n’est pas quitter. « Je Te la remets » pourrait sembler vouloir dire quitter le monde. Mais les mots mêmes du Tanya disent comment cela se fait : par les lettres de la Torah et de la prière, dans ce corps, dans cette journée. Comme l’eau du puits dans le Likouté Torah, l’âme n’est pas retirée de la terre ; elle devient claire en la traversant.
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Elokai Neshama · Likouté Torah, ’Houkat 62c, dans les notes hébraïques · chabad.org/torah-texts/2349711
Élokaï Nechama, ligne par ligne
| Hébreu | Translittération | Sens |
|---|---|---|
| אֱלֹהַי, נְשָׁמָה שֶׁנָּתַֽתָּ בִּי טְהוֹרָה הִיא | Èlo-kaï, nechomo chènossato bi tehoro hi. | Mon D.ieu, l’âme que Tu as placée en moi est pure. |
| אַתָּה בְרָאתָהּ, אַתָּה יְצַרְתָּהּ, | Ato verossoh, Ato yetsartoh, | Tu l’as créée, Tu l’as formée, |
| אַתָּה נְפַחְתָּהּ בִּי, וְאַתָּה מְשַׁמְּרָהּ בְּקִרְבִּי, | Ato nefa’htoh bi, veAto mechamroh bekirbi, | Tu l’as insufflée en moi, et Tu la gardes en moi, |
| וְאַתָּה עָתִיד לִטְּלָהּ מִמֶּֽנִּי, וּלְהַחֲזִירָהּ בִּי לֶעָתִיד לָבֹא. | veAto ossid liteloh miméni, ouleha’haziroh bi lè’ossid lovo. | et Tu la reprendras un jour de moi, pour me la rendre dans le temps à venir. |
| כָּל זְמַן שֶׁהַנְּשָׁמָה בְּקִרְבִּי, מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶֽיךָ יְיָ אֱלֹהַי וֵאלֹהֵי אֲבוֹתַי, | Kol zemane chèhanechomo bekirbi, modè ani lefonè’ho Ado-noï Èlo-kaï vÉlo-ké avossaï, | Tant que l’âme est en moi, je Te rends grâce, Hachem, mon D.ieu et D.ieu de mes pères, |
| רִבּוֹן כָּל הַמַּעֲשִׂים, אֲדוֹן כָּל הַנְּשָׁמוֹת. | ribone kol hama’assim, adone kol hanechomoss. | Maître de toutes les œuvres, Seigneur de toutes les âmes. |
| בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים: | Boroukh Ato Ado-noï, hama’hazir nechomoss lifgorim méssim. | Béni sois-Tu, Hachem, qui rend les âmes aux corps sans vie. |
Deux petites choses à remarquer en lisant. Le siddour imprime une virgule après אֱלֹהַי : « Mon D.ieu, » est un appel, et la phrase ne commence qu’ensuite. Et certains mots portent un petit trait vertical à côté de la voyelle, le méteg, comme dans שֶׁנָּתַֽתָּ et מִמֶּֽנִּי : dans notre siddour, il indique que l’accent tombe sur cette syllabe, chè-no-SSA-to, mi-MÉ-ni, et non sur la dernière (§G29).
Ligne 1 : l’âme est pure
Le premier mot, אֱלֹהַי, Èlo-kaï, « mon D.ieu », est un Nom d’Hachem avec la terminaison -aï, « mon » (§G18) ; on ne le lit ainsi que dans la prière. Viennent ensuite cinq mots qui forment une courte phrase.
אֱלֹהַי, נְשָׁמָה שֶׁנָּתַֽתָּ בִּי טְהוֹרָה הִיא
| נְשָׁמָה | = | ◌ה | + | נְשָׁמָ |
| nechomo une âme | féminin | nechom-, âme |
| שֶׁנָּתַֽתָּ | = | ◌תָּ | + | נָּתַֽ | + | שֶׁ |
| chènossato que Tu as donnée | Tu | a donné | que |
| בִּי | = | ◌י | + | בִּ |
| bi en moi | moi | dans |
| טְהוֹרָה | = | ◌ה | + | טְהוֹרָ |
| tehoro pure | féminin | tohor, pur |
| הִיא | = | הִיא |
| hi elle | elle |
Lignes 2 et 3 : Tu l’as créée … Tu la gardes
Quatre verbes, chacun terminé par ־ָהּ, « la » : l’âme est l’objet de tout ce qu’Hachem fait ici. Le mot אַתָּה, « Tu », vient de la leçon 1 (§G4).
אַתָּה בְרָאתָהּ, אַתָּה יְצַרְתָּהּ,אַתָּה נְפַחְתָּהּ בִּי, וְאַתָּה מְשַׁמְּרָהּ בְּקִרְבִּי,
| בְרָאתָהּ | = | ◌הּ | + | ◌תָ | + | בְרָא |
| verossoh Tu l’as créée | la | Tu | a créé |
| יְצַרְתָּהּ | = | ◌הּ | + | ◌תָּ | + | יְצַרְ |
| yetsartoh Tu l’as formée | la | Tu | a formé |
| נְפַחְתָּהּ | = | ◌הּ | + | ◌תָּ | + | נְפַחְ |
| nefa’htoh Tu l’as insufflée | la | Tu | a soufflé |
| מְשַׁמְּרָהּ | = | ◌הּ | + | שַׁמְּרָ | + | מְ |
| mechamroh la garde | la | garder : médiane redoublée | présent du pi’el |
| בְּקִרְבִּי | = | ◌י | + | קִרְבִּ | + | בְּ |
| bekirbi en moi | mon | kèrèv, intérieur | dans |
Ligne 4 : Tu la reprendras, et la rendras
Une ligne sur l’avenir : עָתִיד avec deux infinitifs, qui portent tous deux la terminaison « la ».
וְאַתָּה עָתִיד לִטְּלָהּ מִמֶּֽנִּי, וּלְהַחֲזִירָהּ בִּי לֶעָתִיד לָבֹא.
| עָתִיד | = | עָתִיד |
| ossid appelé à | prêt, destiné |
| לִטְּלָהּ | = | ◌הּ | + | טְּלָ | + | לִ |
| liteloh la reprendre | la | prendre | à |
| מִמֶּֽנִּי | = | ◌נִּי | + | מִמֶּֽ |
| miméni de moi | moi | de |
| וּלְהַחֲזִירָהּ | = | ◌הּ | + | הַחֲזִירָ | + | לְ | + | וּ |
| ouleha’haziroh et la rendre | la | infinitif du hif’il | à | et |
| לֶעָתִיד | = | עָתִיד | + | לֶ |
| lè’ossid dans l’avenir | avenir | au |
| לָבֹא | = | בֹא | + | לָ |
| lovo à venir | venir | à |
Lignes 5 et 6 : tant que l’âme est en moi
Les mots מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶֽיךָ sont ceux de Modè Ani (leçon 1), et וֵאלֹהֵי, « et le D.ieu de », est un Nom d’Hachem dans une chaîne (§G10). Nous découpons les mots nouveaux.
כָּל זְמַן שֶׁהַנְּשָׁמָה בְּקִרְבִּי, מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶֽיךָ יְיָ אֱלֹהַי וֵאלֹהֵי אֲבוֹתַי,רִבּוֹן כָּל הַמַּעֲשִׂים, אֲדוֹן כָּל הַנְּשָׁמוֹת.
| זְמַן | = | זְמַן |
| zemane temps | temps |
| שֶׁהַנְּשָׁמָה | = | ◌ה | + | נְּשָׁמָ | + | הַ | + | שֶׁ |
| chèhanechomo que l’âme | féminin | âme | la | que |
| אֲבוֹתַי | = | ◌י | + | אֲבוֹתַ |
| avossaï mes pères | mes | pères |
| רִבּוֹן | = | רִבּוֹן |
| ribone Maître (de) | maître |
| הַמַּעֲשִׂים | = | ◌ים | + | מַּעֲשִׂ | + | הַ |
| hama’assim les œuvres | pluriel | ma’assè, œuvre | les |
| אֲדוֹן | = | אֲדוֹן |
| adone Seigneur (de) | seigneur, maître |
| הַנְּשָׁמוֹת | = | ◌וֹת | + | נְּשָׁמ | + | הַ |
| hanechomoss les âmes | pluriel | âme | les |
Ligne 7 : la conclusion
Le seul Boroukh de la bénédiction. נְשָׁמוֹת est le pluriel que nous venons de voir, sans l’article.
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים:
| הַמַּחֲזִיר | = | מַּחֲזִיר | + | הַ |
| hama’hazir qui rend | présent du hif’il | Celui qui |
| לִפְגָרִים | = | ◌ים | + | פְגָרִ | + | לִ |
| lifgorim aux corps | pluriel | pèguèr, corps sans vie | à |
| מֵתִים | = | ◌ים | + | מֵתִ |
| méssim morts, sans vie | pluriel | mort |
- Leçon 1 §G2 · Les lettres cachées de la racine : le youd, le vav et le hé peuvent changer de forme ou tomber ; un daguech peut marquer une lettre fondue
- Leçon 1 §G3 · Les préfixes d’une lettre : ve- et, be- dans/avec, le- à, mi- de, ché- que : écrits collés au mot suivant
- Leçon 1 §G4 · Les pronoms : isolés et attachés : ani je, Ato Tu ; terminaisons -i mon/moi, -’ho/-è’ho ton, -éinou notre, -o/-ov son
- Leçon 1 §G5 · Les noms : masculin, féminin, pluriel : féminin -a, qui devient -at/-ot devant une terminaison ; pluriels -im et -ot ; les voyelles s’abrègent quand le mot s’allonge
- Leçon 1 §G6 · Les adjectifs, et les phrases sans « est » : l’adjectif suit son nom et s’accorde avec lui ; placé en tête, il forme une phrase sans mot pour « est »
- Leçon 1 §G7 · Les schèmes verbaux (binyanim) et le hif’il : une racine devient verbe par un schème ; le hif’il signifie « faire faire » et se reconnaît à hè- (passé) ou ma-/mo- (présent)
- Leçon 1 §G8 · Présent et passé : qui parle : le présent (participe) varie en genre et en nombre ; le passé ajoute des terminaisons de personne : -ti je, -to tu, -nou nous
- Leçon 2 §G9 · L’article : « le, la » : ha- plus un daguech dans la lettre suivante ; ho- devant aleph, ayin, rech ; caché dans be-, le-, ke-
- Leçon 2 §G10 · L’état construit : « X de Y » : deux noms côte à côte signifient « X de Y » ; l’article va sur le second ; le féminin -a devient -at
- Leçon 2 §G11 · Le pi’el : la lettre du milieu redoublée : le pi’el redouble la lettre médiane de la racine par un daguech ; passé ki-, présent me-
- Leçon 3 §G16 · Le présent du hif’il : ma- … -i- : le présent du hif’il a ma- (mé-) en tête et un youd avant la dernière lettre de la racine : matir, malbich, hamékhin, hama’avir ; il signifie « fait … »
- Leçon 3 §G17 · Des mots qui servent de noms : « les aveugles », « Celui qui » : un adjectif ou un participe peut s’employer seul comme nom ; avec ha- devant, un participe signifie « Celui qui … »
- Leçon 3 §G18 · « Me » et « mon » : -ni et -i : sur un verbe, -ni signifie « me » (assani, « m’a fait ») ; sur un nom, -i signifie « mon » (tsorki) ; sur un nom pluriel ou duel, -aï (éinaï, éinoï à la pause)
- Leçon 3 §G19 · Deux petits signes : le pata’h furtif et la lettre douce : un pata’h sous un ח ou un ע final se lit avant la lettre (koa’h) ; בּ כּ פּ perdent leur daguech après une voyelle (vino, govèr)
- Leçon 4 §G23 · L’infinitif : « faire » : l’infinitif nomme l’action elle-même et prend en général le- : la’assoss faire, la’amod se tenir, lehav’hin distinguer, lehiskayém survivre

À la leçon 2, une terminaison sur un verbe signifiait « nous » (§G12), et à la leçon 3 « me » (§G18). Élokaï Nechama est bâtie sur une troisième terminaison, dite six fois en quatre lignes : ־ָהּ, « la ». Parce que נְשָׁמָה, « âme », est féminin (§G5), l’hébreu dit « Tu *l’*as créée ».
Le point dans le hé. À la fin d’un mot, le hé est d’ordinaire muet : il ne fait que porter la voyelle qui le précède, comme dans נְשָׁמָה. Quand un point se trouve à l’intérieur d’un hé final, הּ, on l’appelle mappik, « qui fait sortir » : le hé devient une vraie consonne et se souffle à la fin, -oh. Ce petit point fait toute la différence entre le nom נְשָׁמָה, « une âme », et la terminaison ־ָהּ, « la ». Lisez-le avec soin : ce point n’est pas un daguech, et il ne change jamais la voyelle.
Deux terminaisons sur un verbe. Dans בְּרָאתָהּ, la terminaison « Tu » du passé (§G8) et la terminaison « la » se suivent : בָּרָא, « Il a créé », בָּרָאתָ, « Tu as créé », בְּרָאתָהּ, « Tu l’as créée ». Les voyelles de la racine s’abrègent quand le mot s’allonge (§G5) ; dans le siddour, le ב est doux, בְרָאתָהּ, après la voyelle de אַתָּה (§G19). De même : יְצַרְתָּהּ « Tu l’as formée », נְפַחְתָּהּ « Tu l’as insufflée ».
Pas seulement sur les verbes. La même terminaison vient sur un participe, מְשַׁמְּרָהּ, « la garde » (§G11), et sur des infinitifs, לִטְּלָהּ, « la prendre », וּלְהַחֲזִירָהּ, « et la rendre » (§G27). L’Admour Hazaken, qui explique notre bénédiction dans le Tanya (ch. 41), en ajoute trois : אֲנִי מוֹסְרָהּ וּמַחֲזִירָהּ לְךָ לְיַיחֲדָהּ, « je la remets et je Te la rends, pour l’unir », l’âme.
Comparez « le ». Pour un complément masculin, la terminaison est -o ou, après le « je » du passé, -iv : Hachem dit de « quiconque est appelé de Mon Nom » : בְּרָאתִיו יְצַרְתִּיו אַף עֲשִׂיתִיו, « Je l’ai créé, Je l’ai formé, Je l’ai même fait » (Yecha’ya 43:7).
| בְרָאתָהּ | verossoh | Tu l’as créée | passé « Tu » + « la » |
| מְשַׁמְּרָהּ | mechamroh | la garde | participe du pi’el + « la » |
| לִטְּלָהּ | liteloh | la prendre | infinitif + « la » |
| מוֹסְרָהּ | mossroh | la remets | Tanya ch. 41 |
| בְּרָאתִיו | berossiv | Je l’ai créé | « le » : -iv · Yecha’ya 43:7 |
L’hébreu a un futur (§G20), mais notre bénédiction parle de l’avenir autrement : וְאַתָּה עָתִיד לִטְּלָהּ, « et Tu es appelé à la prendre ». עָתִיד (ossid) signifie « prêt, préparé, destiné » ; suivi d’un infinitif (§G23), il dit qu’une chose arrivera sûrement.
La même paire clôt la ligne : לֶעָתִיד לָבֹא, « dans le temps à venir », mot à mot « pour l’avenir qui doit venir ». Ici עָתִיד est un nom, « l’avenir », avec le préfixe לְ (§G3) ; notre siddour l’imprime avec un ségol, לֶעָתִיד (lè’ossid). Et לָבֹא, « venir », est l’infinitif de ב־ו־א, dont le vav médian est tombé (§G2).
Un infinitif avec une terminaison. Comme un verbe, un infinitif peut prendre une terminaison de complément (§G26) :
- לִטְּלָהּ (liteloh), « la prendre ». La racine est נ־ט־ל, celle de נְטִילַת יָדָֽיִם à la leçon 2. Sa première lettre, le noun, s’est fondue dans le ט, et le daguech du ט en est la trace (§G2). Dans la Guemara (Berakhot 60b), le mot s’écrit avec un youd, לִיטְּלָהּ ; notre siddour l’imprime sans.
- וּלְהַחֲזִירָהּ (oulehaʼhaziroh), « et la rendre », un infinitif du hif’il avec הַ et le youd avant la dernière lettre de la racine (§G16, §G23). La racine ח־ז־ר est celle de Modè Ani, שֶׁהֶחֱזַֽרְתָּ בִּי נִשְׁמָתִי, « car Tu m’as rendu mon âme » (leçon 1), et de la conclusion, הַמַּחֲזִיר.
Ainsi une seule ligne contient toute la vie de l’âme : עָתִיד, elle sera sûrement reprise ; עָתִיד, elle sera sûrement rendue.
| עָתִיד לִטְּלָהּ | ossid liteloh | la reprendra (sûrement) | עָתִיד + infinitif |
| לֶעָתִיד לָבֹא | lè’ossid lovo | dans le temps à venir | nom + infinitif |
| וּלְהַחֲזִירָהּ | oulehaʼhaziroh | et la rendre | infinitif du hif’il + « la » |
| לִיטְּלָהּ | liteloh | la prendre | graphie de la Guemara · Berakhot 60b |
Dans Élokaï Nechama, Hachem est רִבּוֹן כָּל הַמַּעֲשִׂים, « Maître de toutes les œuvres ». Le nom מַעֲשֶׂה, pluriel מַעֲשִׂים, « action, œuvre, créature », est la racine ע־שׂ־ה, « faire », avec un מ devant.
Ne confondez pas ce מ avec celui du participe des §G11 et §G16, qui est un verbe (מְשַׁמֵּר, « garde » ; מַחֲזִיר, « rend »). Ici le מ forme un nom, une chose : ce que l’on fait, ce qui est ordonné, là où l’on pose le pied. Vous en connaissez déjà plusieurs :
- מִצְוָה, « commandement », de צ־ו־ה, « ordonner » : בְּמִצְוֹתָיו, « par Ses commandements » (leçon 2). Son hé final est devenu un vav (§G2).
- מִצְעָד, « pas », de צ־ע־ד, « marcher » : הַמֵּכִין מִצְעֲדֵי גָֽבֶר, « qui affermit les pas de l’homme » (leçon 3), à l’état construit (§G10).
- מַעֲשֶׂה, « action » : וּבְמַעֲשִׂים טוֹבִים, « et aux bonnes actions », dans Vihi Ratson (leçon 3), et ici הַמַּעֲשִׂים.
- מַחֲשָׁבָה, « pensée », de ח־שׁ־ב, « penser » : dans le Tanya, ch. 41, l’Admour Hazaken parle de relier מַחֲשַׁבְתִּי בְּמַחֲשַׁבְתְּךָ, « ma pensée à Ta pensée ».
Quand vous rencontrez un mot qui commence par מ et qui n’est pas un verbe, enlevez le מ et cherchez la racine qui reste.
| הַמַּעֲשִׂים | hama’assim | les œuvres, les créatures | ע־שׂ־ה · Élokaï Nechama |
| בְּמִצְוֹתָיו | bemitsvossov | par Ses commandements | צ־ו־ה · leçon 2 |
| מִצְעֲדֵי | mitsadé | les pas de | צ־ע־ד · leçon 3 |
| מַחֲשַׁבְתִּי | ma’hachavti | ma pensée | ח־שׁ־ב · Tanya ch. 41 |
À la leçon 1 nous avons rencontré le préfixe מִ, « de », forme courte du mot מִן (§G3). Avec les terminaisons personnelles du §G4, מִן prend une forme plus longue, מִמֶּ־, et la terminaison suit avec un daguech : מִמֶּֽנִּי, « de moi », dans notre ligne וְאַתָּה עָתִיד לִטְּלָהּ מִמֶּֽנִּי, « Tu la reprendras de moi ».
Les formes courantes sont :
- מִמֶּנִּי (miméni), « de moi » ;
- מִמְּךָ (mimkho), « de toi » ;
- מִמֶּנּוּ (mimènou), « de lui », et aussi « de nous » ;
- מֵהֶם (méhèm), « d’eux », « d’entre eux », rencontré dans Achèr Yatsar (leçon 4).
Devant un mot plutôt qu’une terminaison, מִן reste un préfixe : מִלְּפָנֶֽיךָ, « de devant Toi », au début de Vihi Ratson (leçon 3). L’Admour Hazaken emploie le même mot quand il explique notre bénédiction : וְאַתָּה עָתִיד לִיטְּלָהּ מִמֶּנִּי, « et Tu la reprendras de moi » (Tanya ch. 41).
À la lecture, remarquez le méteg de notre siddour, מִמֶּֽנִּי : il marque l’accent sur -mé-, mi-MÉ-ni.
| מִמֶּֽנִּי | miméni | de moi | Élokaï Nechama |
| מֵהֶם | méhèm | d’eux, d’entre eux | leçon 4 |
| מִלְּפָנֶֽיךָ | mil’fonè’ho | de devant Toi | leçon 3 |
Petits mots d’Élokaï Nechama
| Mot | Translittération | Sens | Racine | Grammaire |
|---|---|---|---|---|
| כָּל | kol | tout, chaque | — | Kamats katan : kol. Devant un nom, dans une chaîne : כָּל הַמַּעֲשִׂים, « toutes les œuvres » (§G10). |
| כָּל זְמַן שֶׁ… | kol zemane chè- | tant que | — | Littéralement « tout le temps que » (§G3). |
| הִיא / הוּא | hi / hou | elle / il | — | Pronoms isolés (§G4) ; s’emploient aussi pour une chose féminine ou masculine. |
| מִן | mine | de | — | Le plus souvent le préfixe מִ (§G3) ; avec terminaisons, מִמֶּֽנִּי, « de moi » (§G29). |
| אָב / אָבוֹת | ov / ovoss | père / pères | — | Masculin, avec un pluriel en ־וֹת (§G5) ; אֲבוֹתַי, « mes pères » (§G18). |
| מֵת / מֵתִים | méss / méssim | mort / morts | מ־ו־ת | Adjectif ; le vav de la racine est caché (§G2). |
| נְשָׁמָה nechomo · âme Modè Ani : נִשְׁמָתִי, « mon âme » | אַתָּה Ato · Tu dans chaque בָּרוּךְ אַתָּה |
| לֶעָתִיד לָבֹא lè’ossid lovo · le temps à venir racines ע־ת־ד et ב־ו־א | מַעֲשִׂים ma’assim · actes, œuvres racine ע־שׂ־ה ; וּבְמַעֲשִׂים טוֹבִים (leçon 3) |
| אֲבוֹתַי avossaï · mes pères וֵאלֹהֵי אֲבוֹתַי | מַחֲזִיר ma’hazir · rend racine ח־ז־ר ; שֶׁהֶחֱזַֽרְתָּ dans Modè Ani |
- D’où vient Élokaï Nechama dans la Guemara ? Qu’est-ce qui vient juste avant, et juste après ?
- Citez les différences entre le texte de la Guemara et notre siddour. Pourquoi les mots « Tu l’as créée » comptent-ils tant ?
- Pourquoi Élokaï Nechama ne s’ouvre-t-il pas par Boroukh ? Pourquoi est-il bon de le dire juste après Achèr Yatsar ?
- Qu’enseignent « donnée » et « pure » sur l’âme, selon le commentaire ? Qu’ajoute le mot araméen pour midi ?
- Associez les quatre étapes de la bénédiction aux quatre mondes. Quels mots évoquent le cinquième niveau, et pourquoi reste-t-il en haut ?
- Pourquoi l’âme descend-elle ? Expliquez « de pur à saint » et l’image du puits.
- Pourquoi la bénédiction dit-elle « Tu l’as insufflée en moi » ? Utilisez le Tanya, chapitre 2.
- Dans le Tanya, chapitre 41, quelle décision le Juif prend-il chaque matin avec ces mots, et comment se réalise-t-elle concrètement ?
- Découpez בְרָאתָהּ et מְשַׁמְּרָהּ en leurs parties. Que signifie chaque terminaison, et pourquoi est-ce ־הּ et non ־וֹ ? → voir §G26, Leçon 1 §G8, Leçon 2 §G11
- À la ligne 4, trouvez עָתִיד et les deux infinitifs qui en dépendent. Quelle lettre de la racine se cache dans le daguech de לִטְּלָהּ ? Et quelle est la racine de וּלְהַחֲזִירָהּ ? → voir §G27, Leçon 1 §G2
- Quel genre de מ commence הַמַּעֲשִׂים, et en quoi diffère-t-il du מ de הַמַּחֲזִיר ? Et comment מִמֶּֽנִּי est-il construit ? → voir §G28, Leçon 3 §G16, §G29
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