Birkhot Hacha’har : les bénédictions du matin
Cette leçon se lit sur www.tebeka.com. L’impression est réservée aux utilisateurs connectés. © Rav Haim Tebeka.
Après l’ablution des mains, le Juif commence la journée par une chaîne de courtes bénédictions, une pour chaque don du matin : entendre, voir, bouger, s’habiller, se tenir debout, marcher. Dans cette leçon je me demande d’abord ce qu’est vraiment une bénédiction, et ce que signifient les deux Noms qu’elle contient. Puis nous lisons les quinze bénédictions une à une, avec leur histoire, leur sens profond et leurs mots nouveaux.
Hachem a-t-Il besoin de notre bénédiction ?
Toute bénédiction s’ouvre par בָּרוּךְ אַתָּה, que l’on traduit d’habitude par « Béni sois-Tu ». Mais on bénit quelqu’un à qui il manque quelque chose. Que pourrions-nous ajouter à Hachem, la Source de tout bien ? Le rav Yehouda Shurpin (Chabad.org) répond que la question vient de la traduction. Rabbi Mena’hem de Recanati, Rabbénou Ba’hya et d’autres rattachent boroukh à בְּרֵכָה (berékho), un bassin où l’eau se rassemble et où l’on puise : Hachem est la Source de la bénédiction. Le Zohar va plus loin : boroukh est apparenté à hamavrikh, « faire descendre ». « Bénir » Hachem, c’est faire descendre Sa lumière, depuis Son Essence même, dans ce monde où elle est cachée.
Un maamar de l’Admour Hazaken, dans la traduction de Sichos in English sur Chabad.org, le dit en peu de mots : « Le sens du mot Boroukh, béni, est faire descendre » (traduction). Les traducteurs ajoutent que la racine ב־ר־ך réunit un bassin où l’eau descend, le genou, qui permet au corps de se baisser, et le fait de faire agenouiller un chameau ; le même verbe sert à courber une branche basse dans la terre pour qu’elle prenne racine. Chaque fois, ce qui est en haut descend en bas.
Ouchavtem Mayim (maamar de l’Admour Hazaken), Chabad.org (Sichos in English) · une phrase traduite de l’anglais ; la note des traducteurs en paraphrase · chabad.org/…/aid/2844322
Ce que fait une bénédiction : elle rend la lumière visible
Si la bénédiction fait descendre la lumière d’Hachem, où va-t-elle ? L’Admour Hazaken répond dans le Torah Or : dans l’âme du peuple juif, pour que la foi en Hachem se renforce dans les cœurs, révélée, comme si l’on voyait. Hachem n’a pas besoin de la bénédiction ; c’est nous qui en avons besoin, pour prendre conscience de ce qui est déjà vrai.
Voilà pourquoi les bénédictions du matin existent. Le Rabbi Rachab explique (Séfer HaMaamarim 5672) qu’au réveil l’homme ne peut que reconnaître Hachem, comme dans Modè Ani. Les bénédictions du matin sont une révélation d’en haut, qui fait descendre Sa lumière essentielle dans le monde et lui donne la force de distinguer la lumière de l’obscurité et le bien du mal, même quand le corps est fort et que la lumière de l’âme n’est pas encore révélée. Ainsi la première bénédiction parle de distinguer le jour de la nuit ; la deuxième, d’ouvrir les yeux pour voir la divinité ; la troisième, de se tenir droit, avec un juste ordre des valeurs.
וְהִנֵּה ע"י הַבְּרָכָה מַמְשִׁיךְ בְּרָכָה וְהַמְשָׁכָה לִהְיוֹת גִּילּוּי אוֹר א"ס בְּנֶפֶשׁ כְּלַל יִשְׂרָאֵל שֶׁתִּתְחַזֵּק אֱמוּנַת ה' בְּלִבָּם בִּבְחִי' גִּילּוּי כְּאִלּוּ רוֹאֶה
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Hanotein Lesechvi Bina · commentaire citant le Séfer HaMaamarim 5672 (Bécha’a Chéhikdimou), vol. 2, p. 737–739 ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349713
La forme de toute bénédiction : de « Tu » à « Roi du monde »
Chacune des bénédictions du matin s’ouvre par les mêmes mots : בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, אֱלֹהֵֽינוּ מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם. La ’Hassidout les lit comme une échelle qui descend :
- אַתָּה (Ato), « Tu » : nous parlons à Hachem directement, à Son Essence même, plus haute que tout nom (Torah Or, Toldot 18b ; rav Shurpin). Dans la leçon 2 nous avons vu pourquoi la prière Lui parle à la deuxième personne.
- יְיָ (Ado-noï) : le Nom Havaya, Sa lumière qui fait exister toute chose (section 2).
- אֱלֹהֵֽינוּ (Èlo-kéinou), « notre D.ieu » : Il devient « notre D.ieu » quand nous sommes batel devant Lui, un « char » pour Lui, comme Il est appelé « le D.ieu d’Avraham » (Likouté Torah, A’harei 26a).
- מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם (Mèlè’h ha’olom), « Roi du monde » : par notre bitoul, Sa force de vie descend dans le monde entier, où elle est cachée (olam, « monde », est lié à hèlem, « caché »).
L’Admour Hazaken écrit dans le Torah Or (’Hayé Sarah 16b) que boroukh signifie faire descendre et accroître, pour que Havaya devienne Ato, « Tu », révélé devant nous, comme on parle à quelqu’un face à face. Et le Likouté Torah ajoute que les Sages ont institué ces mots pour chaque matin parce qu’Hachem, dans Sa bonté, renouvelle chaque jour l’œuvre de la création.
בָּרוּךְ הוּא הַמְשָׁכָה וְרִבּוּי שֶׁיְּהֵא הוי' ... יְהֵא בְּחִי' אַתָּה לְנוֹכֵחַ הִתְגַּלּוּת
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Al Netilas Yadayim · note hébraïque citant le Torah Or, Toldot 18b ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349708
Rav Yehouda Shurpin, « Why Can Mere Humans ‘Bless’ G‑d? », Chabad.org · paraphrase · chabad.org/…/aid/4161209
Havaya : Celui qui fait tout exister, maintenant
Dans le siddour, le Nom de quatre lettres est imprimé יְיָ, et dans la prière on le lit Ado-noï. Quand on étudie, la ’Hassidout l’appelle Havaya, en permutant ses lettres, par respect. L’Admour Hazaken explique son sens dans le Tanya (Chaar HaYi’houd VehaEmouna, ch. 4) : il signifie « Celui qui fait exister toute chose à partir du néant ». Ses lettres forment הֹוֶה (hové), « faire exister », et le youd en tête, comme dans un verbe qui décrit une habitude, indique une action présente et continue. Hachem n’a pas créé le monde une fois pour le laisser ensuite ; Il le crée maintenant, à chaque instant.
C’est ce dont les bénédictions du matin Le remercient. Leur grammaire dit la même chose : la plupart nomment Hachem par un participe présent, « Celui qui ouvre », « Celui qui redresse » (§G15).
דְּשֵׁם הֲוָיָ"ה, פֵּירוּשׁוֹ – שֶׁמְּהַוֶּה אֶת הַכֹּל מֵאַיִן לְיֵשׁוְהַיּוּ"ד מְשַׁמֶּשֶׁת עַל הַפְּעוּלָּה שֶׁהִיא בִּלְשׁוֹן הֹוֶה וְתָמִיד
Elokim : le bouclier qui permet de recevoir la lumière
Le deuxième Nom de chaque bénédiction est אֱלֹהֵֽינוּ, du Nom Elokim (quand on étudie, on le dit avec un k, par respect). L’Admour Hazaken cite le verset « Car un soleil et un bouclier est Havaya Elokim » (Tehilim 84:12). Havaya est comme le soleil, qui éclaire ; Elokim est comme le « bouclier », une gaine autour du soleil qui tamise sa lumière, pour que les créatures puissent en profiter (Tanya, Chaar HaYi’houd VehaEmouna, ch. 4 et 6).
Elokim est le Nom de la guevoura et du tsimtsoum, la force divine qui retient et cache. Par lui, le monde semble tenir et fonctionner tout seul, « selon la nature » : le Nom אֱלֹהִים a la même valeur numérique, 86, que הַטֶּבַע (hatéva), « la nature ». Sans cet écran, les créatures seraient annulées dans leur Source. La dissimulation est donc elle-même une bonté : c’est elle qui permet au monde d’être construit (ch. 6).
Relisons maintenant les bénédictions du matin. Chacune s’arrête sur quelque chose qui semble être pure nature : un coq qui chante, des yeux qui s’ouvrent, des vêtements, des chaussures, un sol ferme. C’est Elokim, le bouclier. La bénédiction nomme d’abord Havaya, et dit ainsi : à l’intérieur de cette « nature » se trouve la lumière qui la fait exister en ce moment même.
וְשֵׁם "אֱלֹהִים" זֶה, הוּא מָגֵן וְנַרְתֵּק לְשֵׁם הֲוָיָ"הוְלָכֵן הוּא גַּם כֵּן בְּגִימַטְרִיָּא "הַטֶּבַע"
Tanya, Chaar HaYi’houd VehaEmouna, ch. 6 · hébreu cité tel quel ; traduction depuis l’anglais de Kehot sur Chabad.org · chabad.org/…/aid/7992
Tehilim 84:12 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Psalms.84.12
« Havaya est Elokim » : la lumière et son écran ne font qu’un
Si Elokim cache Havaya, y a-t-il deux forces, l’une qui révèle et l’autre qui cache ? L’Admour Hazaken répond par le verset « prends à cœur que Havaya est Elokim » (Devarim 4:39). La dissimulation n’existe que pour les créatures d’en bas. Devant Hachem, tout est comme néant, comme la lumière du soleil dans le soleil lui-même. Il écrit :
« L’attribut de guevoura ne cache pas, à D.ieu ne plaise, devant Lui, car il n’est pas une chose en soi ; mais Havaya est Elokim. »
— Tanya, Chaar HaYi’houd VehaEmouna, ch. 6 (traduit de l’anglais de Kehot)
Devarim 4:39 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Deuteronomy.4.39
Un lien que je propose
Ce lien est le mien ; ce ne sont pas les mots du Tanya.
Deux Noms d’un seul souffle. Dans chaque bénédiction nous disons les deux Noms côte à côte, sans rien entre eux : d’abord la lumière, puis l’écran, et tous deux sont « notre D.ieu ». Chaque matin apporte ainsi quinze petites leçons de « Havaya est Elokim ». Le coq, les chaussures, le sol sous mes pieds sont l’écran ; la bénédiction me fait voir la lumière qui est en eux.
D’où viennent les bénédictions : une bénédiction pour chaque moment
La Guemara de Berakhot (60b) parcourt les premières minutes de la journée et donne une bénédiction pour chaque geste :
- en entendant le coq : Hanossèn Lassè’hvi Vino ;
- en ouvrant les yeux : Pokéa’h Ivrim ;
- en se redressant et en s’étirant : Matir Assourim ;
- en s’habillant : Malbich Aroumim ;
- en se mettant debout : Zokèf Kefoufim ;
- en posant le pied à terre : Roka Ha’orèts Al Hamoyim ;
- en marchant : Hamékhin Mits’adé Govèr ;
- en mettant ses chaussures : Chè’asso Li Kol Tsorki ;
- en attachant sa ceinture : Ozèr Yisroël Bigvouro ;
- en se couvrant la tête : Otèr Yisroël Bessif’oro ;
- et, après s’être lavé le visage, Hama’avir Chéino avec la prière qui suit.
Trois autres viennent de la Guemara de Mena’hot (43b) : chèlo assani goy, chèlo assani oved et chèlo assani icho. Hanossèn Layo’èf Koa’h a été ajoutée plus tard (voir plus bas). La première bénédiction s’appuie sur un verset de Iyov (38:36) : « Qui a donné au sè’hvi l’intelligence ? »
כִּי שָׁמַע קוֹל תַּרְנְגוֹלָא, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִּינָה לְהַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָיְלָה״. כִּי פָּתַח עֵינֵיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … פּוֹקֵחַ עִוְּרִים״
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2, 46:4 · Berakhot 60b et Mena’hot 43b tels que cités ; paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Iyov 38:36 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Job.38.36
Du chevet à la synagogue, et la coutume de Habad
Au début, chaque bénédiction se disait au moment de son geste. L’Admour Hazaken écrit dans son Choul’han Aroukh (46:2–3) qu’aujourd’hui, parce que nos mains ne sont pas propres au réveil et parce que certains ne connaissent pas les bénédictions, on a pris l’habitude de les dire dans l’ordre à la synagogue. Une bénédiction dont le moment est venu la nuit, comme le chant du coq à minuit, peut encore être dite le matin.
La coutume Loubavitch, notent les traducteurs, est de s’habiller et de se préparer pour l’étude ou la prière, puis de dire toutes les bénédictions du matin à la maison (citant une lettre du Rabbi, Igrot Kodech vol. 19, p. 390). Pour les détails de votre pratique, consultez votre rav.
Choul’han Aroukh HaRav 46, note 41 des traducteurs (Sichos in English) · citant les Igrot Kodech du Rabbi, vol. 19, p. 390 ; paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Cent bénédictions par jour
Les bénédictions du matin forment une grande part des cent bénédictions que le Juif dit chaque jour. La Guemara (Mena’hot 43b) apprend ce nombre du verset « Et maintenant, Israël, que (ma) te demande Hachem ? », en lisant ma, « que », comme méa, « cent » (Rachi, ibid.). Le Midrach (Bamidbar Rabba 18:21) raconte qu’au temps du roi David cent personnes mouraient chaque jour, jusqu’à ce qu’il institue cent bénédictions par jour.
Les traducteurs du Choul’han Aroukh de l’Admour Hazaken renvoient à la fin du verset : « … de craindre Hachem … et de L’aimer ». Les cent bénédictions sont un chemin vers la crainte et l’amour d’Hachem.
Bamidbar Rabba 18:21 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Bamidbar_Rabbah.18.21
Rachi sur Mena’hot 43b · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Rashi_on_Menachot.43b
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:1 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Choul’han Aroukh HaRav 46, note 6 des traducteurs (Sichos in English) · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Ajouts tardifs, ordre, et le siddour de l’Admour Hazaken
- Hanossèn Layo’èf Koa’h n’est pas dans la Guemara. Les Guéonim l’ont instituée après la clôture du Talmud, à cause de l’affaiblissement qui s’était emparé du monde. L’homme confie son âme fatiguée à Hachem la nuit, et Il la lui rend le matin, renouvelée (46:6).
- L’ordre. Les bénédictions suivent l’ordre des gestes du matin, selon la coutume locale. Si on les a dites dans le désordre, ce n’est pas grave, sauf que Zokèf Kefoufim ne doit pas précéder Matir Assourim (46:5).
- Même sans le bienfait. La pratique admise est que chacun les dise toutes, même celui qui n’a pas reçu personnellement tel bienfait, car elles n’ont pas été instituées pour le seul plaisir de chacun : nous bénissons Hachem, qui a créé ce dont le monde a besoin (46:7). Le Rabbi ajoute : on peut ne pas se sentir renouvelé dans tel ou tel domaine, et pourtant on doit bénir, car le renouvellement est réel ; il suffit d’ouvrir les oreilles, et on le ressentira (Torat Mena’hem, 5712).
- Le siddour. Le siddour de l’Admour Hazaken, Séder Tefilot MiKol Hachana al pi Noussa’h HaAriZal, a paru pour la première fois à Chklov en 1803, de son vivant ; notre Tehilat Hachem le suit.
הַחִיּוּב דְּבִרְכוֹת הַשַּׁחַר הוּא לַכֹּל, גַּם לְמִי שֶׁלֹּא נִתְחַיֵּב בְּא' אוֹ בְּכַמָּה מֵהֶן
Choul’han Aroukh HaRav 46, note 8 des traducteurs (Sichos in English) · sur le siddour de l’Admour Hazaken ; paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Hanotein Lesechvi Bina · note hébraïque citant Torat Mena’hem vol. 4 (5712), p. 10 ; cité tel qu’imprimé, voyelles ajoutées ; le reste en paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349713
Les quinze fins, dans l’ordre du siddour
| Hébreu | Translittération | Sens |
|---|---|---|
| הַנּוֹתֵן לַשֶּֽׂכְוִי בִינָה לְהַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָֽיְלָה: | hanossèn lassè’hvi vino lehav’hin bèin yom ouvèin loylo. | qui donne au coq l’intelligence de distinguer entre le jour et la nuit. |
| פּוֹקֵֽחַ עִוְרִים: | pokéa’h ivrim. | qui ouvre les yeux des aveugles. |
| מַתִּיר אֲסוּרִים: | matir assourim. | qui délie ceux qui sont liés. |
| זוֹקֵף כְּפוּפִים: | zokèf kefoufim. | qui redresse ceux qui sont courbés. |
| מַלְבִּישׁ עֲרֻמִּים: | malbich aroumim. | qui habille ceux qui sont nus. |
| הַנּוֹתֵן לַיָּעֵף כֹּֽחַ: | hanossèn layo’èf koa’h. | qui donne la force à celui qui est las. |
| רוֹקַע הָאָֽרֶץ עַל הַמָּֽיִם: | roka ha’orèts al hamoyim. | qui étend la terre au-dessus des eaux. |
| הַמֵּכִין מִצְעֲדֵי גָֽבֶר: | hamékhin mits’adé govèr. | qui affermit les pas de l’homme. |
| שֶׁעָשָׂה לִי כָּל צָרְכִּי: | chè’asso li kol tsorki. | qui a pourvu à tous mes besoins. |
| אוֹזֵר יִשְׂרָאֵל בִּגְבוּרָה: | ozèr Yisroël bigvouro. | qui ceint Israël de force. |
| עוֹטֵר יִשְׂרָאֵל בְּתִפְאָרָה: | otèr Yisroël bessif’oro. | qui couronne Israël de splendeur. |
| שֶׁלֹּא עָשַֽׂנִי גּוֹי: | chèlo assani goy. | qui ne m’a pas fait non-Juif. |
| שֶׁלֹּא עָשַֽׂנִי עָֽבֶד: | chèlo assani oved. | qui ne m’a pas fait esclave. |
| שֶׁלֹּא עָשַֽׂנִי אִשָּׁה: | chèlo assani icho. | qui ne m’a pas fait femme. |
| הַמַּעֲבִיר שֵׁנָה מֵעֵינָי וּתְנוּמָה מֵעַפְעַפָּי: | hama’avir chéino mé’éinoï oussenoumo mé’afapoï. | qui ôte le sommeil de mes yeux et l’assoupissement de mes paupières. |
Chèlo assani icho est dite par les hommes ; sur ce que disent les femmes, voir la bénédiction 14 plus bas, et consultez votre rav. Hama’avir Chéino ne s’arrête pas à ses deux-points : la prière Vihi Ratson la prolonge jusqu’à sa propre bénédiction de conclusion.
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2, 46:4 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Vihi Ratson, ligne par ligne
| Hébreu | Translittération | Sens |
|---|---|---|
| וִיהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶֽיךָ יְיָ אֱלֹהֵֽינוּ וֵאלֹהֵי אֲבוֹתֵֽינוּ, | Vihi rotson mil’fonè’ho Ado-noï Èlo-kéinou vÉlo-ké avosséinou, | Qu’il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu et D.ieu de nos pères, |
| שֶׁתַּרְגִּילֵֽנוּ בְּתוֹרָתֶֽךָ, וְתַדְבִּיקֵֽנוּ בְּמִצְוֹתֶֽיךָ, | chètarguiléinou bessorossè’ho, vessadbikéinou bemitsvossè’ho, | de nous habituer à Ta Torah et de nous attacher à Tes mitsvot ; |
| וְאַל תְּבִיאֵֽנוּ לֹא לִידֵי חֵטְא וְלֹא לִידֵי עֲבֵרָה וְעָוֹן, וְלֹא לִידֵי נִסָּיוֹן | ve’al tevi’éinou lo lidé ’hèt velo lidé avéro ve’ovon, velo lidé nissoyon | ne nous amène pas au pouvoir du péché, ni de la transgression et de la faute, ni de l’épreuve, |
| וְלֹא לִידֵי בִזָּיוֹן, וְאַל יִשְׁלוֹט בָּֽנוּ יֵֽצֶר הָרָע, | velo lidé vizoyon, ve’al yichlot bonou yétsèr hara, | ni de la honte ; que le mauvais penchant ne nous domine pas ; |
| וְהַרְחִיקֵֽנוּ מֵאָדָם רָע, וּמֵחָבֵר רָע, | vehar’hikéinou mé’odom ro, oumé’hovèr ro, | éloigne-nous de l’homme mauvais et du mauvais compagnon ; |
| וְדַבְּקֵֽנוּ בְּיֵֽצֶר טוֹב וּבְמַעֲשִׂים טוֹבִים, | vedabekéinou beyétsèr tov ouvema’assim tovim, | attache-nous au bon penchant et aux bonnes actions ; |
| וְכוֹף אֶת יִצְרֵֽנוּ לְהִשְׁתַּעְבֶּד לָךְ, | ve’hof ès yitsréinou lehichta’bèd lo’h, | et plie notre penchant à Te servir ; |
| וּתְנֵֽנוּ הַיּוֹם וּבְכָל יוֹם לְחֵן וּלְחֶֽסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶֽיךָ | oussenéinou hayom ouve’hol yom le’hèn oule’hèssèd oulera’hamim be’éinè’ho | accorde-nous, aujourd’hui et chaque jour, grâce, bonté et miséricorde à Tes yeux |
| וּבְעֵינֵי כָל רוֹאֵֽינוּ, וְתִגְמְלֵֽנוּ חֲסָדִים טוֹבִים. | ouve’éiné ’hol ro’éinou, vessigmeléinou ’hassodim tovim. | et aux yeux de tous ceux qui nous voient, et accorde-nous de bonnes bontés. |
| בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, הַגּוֹמֵל חֲסָדִים טוֹבִים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל: | Boroukh Ato Ado-noï, hagomèl ’hassodim tovim le’amo Yisroël. | Béni sois-Tu, Hachem, qui accorde de bonnes bontés à Son peuple Israël. |
1. Hanossèn Lassè’hvi Vino : le coq
Le moment. En entendant le coq, premier signe avant l’aube que la nuit cède au jour (Berakhot 60b). Les mots viennent de Iyov 38:36.
Sens profond. Souvent, l’amour et la crainte d’Hachem que l’on ressent ne commencent pas par soi. Ils sont éveillés par un « coq » dans les mondes spirituels, l’ange Gavriel, et cet éveil se propage jusqu’à ce que même un coq de notre monde chante avec une énergie nouvelle (Torah Or ; Torat ’Haïm ; Séfer HaMaamarim 5672). Et « distinguer entre le jour et la nuit », c’est la force, donnée d’en haut, de distinguer la lumière de l’obscurité et le bien du mal, dès le premier instant du jour.
הַנּוֹתֵן לַשֶּֽׂכְוִי בִינָה לְהַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָֽיְלָה:מִי־שָׁת בַּטֻּחוֹת חׇכְמָה אוֹ מִֽי־נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִינָֽה
Iyov 38:36 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Job.38.36
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Hanotein Lesechvi Bina · commentaire citant Torah Or, Torat ’Haïm et Séfer HaMaamarim 5672 ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349713
| הַנּוֹתֵן | = | נּוֹתֵן | + | הַ |
| hanossèn Celui qui donne | nossèn, donnant : participe du kal | le (Celui qui) |
| לַשֶּֽׂכְוִי | = | שֶּֽׂכְוִי | + | לַ |
| lassè’hvi au coq | sè’hvi, coq | au (le- + ha-) |
| בִינָה | = | ◌ה | + | בִינָ |
| vino intelligence | nom féminin | racine ב־י־ן |
| לְהַבְחִין | = | הַבְחִין | + | לְ |
| lehav’hin de distinguer | infinitif du hif’il, racine ב־ח־ן | de, pour (infinitif) |
| וּבֵין | = | בֵין | + | וּ |
| ouvèin et entre | entre | et (ou- devant ב) |
| לָֽיְלָה | = | לָֽיְלָה |
| loylo nuit | loylo, nuit (à la pause) |
2. Pokéa’h Ivrim : ouvrir les yeux
Le moment. En ouvrant les yeux (Berakhot 60b). Les mots font écho à Tehilim 146:8, « Hachem ouvre les yeux des aveugles ».
Sens profond. Nous demandons à Hachem d’ôter notre aveuglement envers ce qui est spirituel, pour voir la divinité au sein du monde avec l’œil de l’esprit (Torat ’Haïm). La différence essentielle entre la sainteté et son contraire est cette vue intérieure : reconnaître la vraie nature de chaque situation (Méa Chéarim).
פּוֹקֵֽחַ עִוְרִים:
Tehilim 146:8 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Psalms.146.8
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Pokeach Ivrim · commentaire citant Torat ’Haïm, Vaéra 74c, et Méa Chéarim ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349714
| פּוֹקֵֽחַ | = | פּוֹקֵֽחַ |
| pokéa’h ouvre (les yeux) | participe du kal, racine פ־ק־ח |
| עִוְרִים | = | ◌ִים | + | עִוְר |
| ivrim les aveugles | pluriel | ivèr, aveugle |
3. Matir Assourim : délier ceux qui sont liés
Le moment. En se redressant et en bougeant les membres, qui étaient comme attachés toute la nuit (Berakhot 60b ; Choul’han Aroukh HaRav 46:2). Les mots viennent de Tehilim 146:7.
Sens profond. Assourim signifie aussi « prisonniers ». Nous demandons de ne pas être retenus par le côté matériel du corps. Chaque matin l’âme reçoit une force nouvelle pour sortir de l’obscurité, et l’on doit se réjouir comme un prisonnier libéré (Torat ’Haïm ; Kountrass Pokéa’h Ivrim). Les membres représentent les émotions : on est « lié » quand son amour et sa crainte d’Hachem ne peuvent s’exprimer (Méa Chéarim). Et tous ces gestes du corps reflètent ce qui se passe en haut, car adam, « homme », se lit « je ressemblerai au Très-Haut » (Yechaya 14:14) ; c’est pourquoi nos actes quotidiens font descendre la divinité et sont bénis (Likouté Torah).
מַתִּיר אֲסוּרִים:
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Tehilim 146:7 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Psalms.146.7
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Matir Asurim · commentaire citant Torat ’Haïm 74c, Kountrass Pokéa’h Ivrim, Méa Chéarim et Likouté Torah, Pin’has 79d ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349717
| מַתִּיר | = | מַתִּיר |
| matir délie | présent du hif’il, racine נ־ת־ר |
| אֲסוּרִים | = | ◌ִים | + | אֲסוּר |
| assourim ceux qui sont liés, les prisonniers | pluriel | ossour, lié : participe passif |
4. Zokèf Kefoufim : se tenir droit
Le moment. En se mettant debout (Berakhot 60b ; 46:2). Matir Assourim ne doit pas venir après elle (46:5). Les mots viennent de Tehilim 146:8.
Sens profond. Nous demandons d’être un homme qui se tient droit, capable de reconnaître son Créateur, et non comme l’esprit de l’animal qui descend (Torat ’Haïm). Le corps droit est aussi un ordre dans l’âme : la tête en haut, le cœur au-dessous, et les pieds, qui représentent l’action, à la base. L’esprit doit gouverner les émotions jusqu’à l’acte, et l’essentiel est l’acte lui-même (Méa Chéarim).
זוֹקֵף כְּפוּפִים:לִהְיוֹת בְּחִי' אָדָם בְּקוֹמָה זְקוּפָה לְהַכִּיר בּוֹרְאוֹ וְלֹא כְּרוּחַ הַבְּהֵמָה שֶׁיּוֹרֵד לְמַטָּה
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2, 46:5 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Tehilim 146:8 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Psalms.146.8
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Zokef Kefufim · note hébraïque citant Torat ’Haïm, Vaéra 74c (cité tel qu’imprimé, voyelles ajoutées), et Méa Chéarim ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349718
| זוֹקֵף | = | זוֹקֵף |
| zokèf redresse | participe du kal, racine ז־ק־ף |
| כְּפוּפִים | = | ◌ִים | + | כְּפוּפ |
| kefoufim ceux qui sont courbés | pluriel | kofouf, courbé : participe passif |
5. Malbich Aroumim : s’habiller
Le moment. En s’habillant (Berakhot 60b). Les premiers qu’Hachem a habillés furent Adam et ’Hava : « Hachem Elokim fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit » (Béréchit 3:21).
Sens profond. Les vêtements représentent les mitsvot, la manière dont l’homme se lie à la divinité (Méa Chéarim). Nos Sages appellent « nu » celui à qui manque une mitsva : « nu, sans cette mitsva ». Sans la lumière des mitsvot, l’homme est « nu » ; en acceptant le joug du Ciel, il revêt un vêtement qui l’entoure de la tête aux pieds.
מַלְבִּישׁ עֲרֻמִּים:
Béréchit 3:21 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Genesis.3.21
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Malbish Arumim · commentaire et note hébraïque citant Méa Chéarim (ערום בלא אותה מצוה) ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349719
| מַלְבִּישׁ | = | מַלְבִּישׁ |
| malbich habille | présent du hif’il : « fait porter » |
| עֲרֻמִּים | = | ◌ִים | + | עֲרֻמּ |
| aroumim ceux qui sont nus | pluriel | orom, nu |
6. Hanossèn Layo’èf Koa’h : la force pour celui qui est las
Histoire. La seule bénédiction absente de la Guemara : les Guéonim l’ont instituée après le Talmud (46:6). Ses mots viennent de Yechaya 40:29.
Sens profond. Un homme las ne peut pas mettre en œuvre les forces de son âme dans son corps. De même, on peut être las spirituellement, incapable d’exprimer les forces de son âme divine. Chaque matin Hachem donne une force nouvelle, qui permet de réaliser son potentiel spirituel (Méa Chéarim).
הַנּוֹתֵן לַיָּעֵף כֹּֽחַ:
Yechaya 40:29 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Isaiah.40.29
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Hanoten Layaef Koach · commentaire citant Méa Chéarim ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349720
| לַיָּעֵף | = | יָּעֵף | + | לַ |
| layo’èf à celui qui est las | yo’èf, las | à (le- + ha-) |
| כֹּֽחַ | = | כֹּֽחַ |
| koa’h force | koa’h, force |
7. Roka Ha’orèts Al Hamoyim : un sol ferme
Le moment. En posant le pied à terre (Berakhot 60b). Les mots viennent de Tehilim 136:6 : « Qui étend la terre au-dessus des eaux, car Sa bonté est éternelle. »
Sens profond. Le rav Chaoul Yossef Leiter l’explique sur Chabad.org : l’eau coule du haut vers le bas, comme une révélation d’en haut à laquelle on obéit d’office ; érèts, « terre », est lié à rats, « a couru », la terre qui a couru faire la volonté d’Hachem, image du service par choix. Dans les mondes supérieurs, l’« eau » est au-dessus de la « terre ». Ici, Hachem a étendu la terre au-dessus de l’eau : la lumière n’écrase pas notre libre choix, et nous pouvons Le servir de plein gré. Au réveil, il faut penser à cette bonté.
רוֹקַע הָאָֽרֶץ עַל הַמָּֽיִם:
Tehilim 136:6 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Psalms.136.6
Rav Chaoul Yossef Leiter, « Keeping Above Water », Chabad.org · paraphrase · chabad.org/…/aid/380691
| רוֹקַע | = | רוֹקַע |
| roka étend | participe du kal, racine ר־ק־ע |
| הָאָֽרֶץ | = | אָֽרֶץ | + | הָ |
| ha’orèts la terre | érèts, terre | la (ha- devant א) |
| הַמָּֽיִם | = | מָּֽיִם | + | הַ |
| hamoyim les eaux | mayim, eau (à la pause moyim) | les |

8. Hamékhin Mits’adé Govèr : les premiers pas
Le moment. En commençant à marcher (Berakhot 60b). Là où l’on marche pieds nus à la maison avant de mettre ses chaussures pour sortir, cette bénédiction précède celle des chaussures ; là où l’on se chausse d’abord, l’ordre est inversé. Chaque lieu suit sa coutume (46:5).
Sens profond. Le verset dit : « Par Hachem les pas de l’homme sont affermis, et il désirera Sa voie » (Tehilim 37:23). Hachem oriente la volonté de l’homme, pour qu’il veuille faire Sa volonté, et soit poussé à rechercher la sainteté et à en faire une part de sa vie (Méa Chéarim).
הַמֵּכִין מִצְעֲדֵי גָֽבֶר:
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:5 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Tehilim 37:23 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Psalms.37.23
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Hamechin Mitzadei Gaver · commentaire citant Méa Chéarim ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349722
| הַמֵּכִין | = | מֵּכִין | + | הַ |
| hamékhin Celui qui affermit | présent du hif’il, racine כ־ו־ן | le (Celui qui) |
| מִצְעֲדֵי | = | ◌ֵי | + | מִצְעֲד |
| mits’adé les pas de | pluriel construit « … de » | mits’ad, pas |
| גָֽבֶר | = | גָֽבֶר |
| govèr homme | guèvèr, homme (à la pause govèr) |

9. Chè’asso Li Kol Tsorki : les chaussures
Le moment. En mettant ses chaussures (Berakhot 60b).
Sens profond. Pourquoi les chaussures seraient-elles « tous mes besoins » ? Le Mittéler Rabbi explique : tout autre vêtement s’enfile par le haut, mais la chaussure est un vêtement sous le pied, et tout le corps se tient et marche sur elle. En tenant le pied, elle soutient tout le corps ; elle inclut donc tous ses besoins (Maamaré Admour Haèmtsahi). Et les deux bénédictions suivantes vont avec elle : les chaussures pour les pieds, la ceinture autour du corps, la coiffe pour la tête. Ce sont les forces « englobantes » de nos actes, de nos sentiments et de nos pensées (Méa Chéarim).
שֶׁעָשָׂה לִי כָּל צָרְכִּי:
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Sheasah Li Kol Tzarki · notes hébraïques citant Maamaré Admour Haèmtsahi, Drouché ’Hatouna, p. 76, et Méa Chéarim ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349723
| שֶׁעָשָׂה | = | עָשָׂה | + | שֶׁ |
| chè’asso qui a fait, qui a pourvu | asso, Il a fait : passé du kal | qui, que |
| צָרְכִּי | = | ◌ִי | + | צָרְכּ |
| tsorki mes besoins | mon | tsoré’h, besoin |
10. Ozèr Yisroël Bigvouro : la ceinture
Le moment. En mettant sa ceinture ou son gartl (Berakhot 60b ; 46:2). Pourquoi seules cette bénédiction et la suivante mentionnent-elles Israël ? L’Admour Hazaken explique : pour les autres nations, la ceinture et le chapeau ne servent que le corps, mais pour les Juifs ils servent aussi la pudeur et la sainteté. La ceinture sépare le cœur de la partie basse du corps (46:2).
Sens profond. Le Tséma’h Tsédek la relie au verset « Elle ceint ses reins de force » (Michlé 31:17) : par cette force vient « Qui est fort ? Celui qui maîtrise son penchant » (Avot 4:1) (Or HaTorah). La ceinture entoure le corps, qui représente les émotions (Méa Chéarim).
אוֹזֵר יִשְׂרָאֵל בִּגְבוּרָה:
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Michlé 31:17 · texte hébreu via Sefaria · sefaria.org/Proverbs.31.17
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Ozer Yisroel Bigevurah · note hébraïque citant Or HaTorah, Bo, p. 307, avec Avot 4:1 ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349724
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Sheasah Li Kol Tzarki · note hébraïque citant Méa Chéarim sur les trois vêtements ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349723
| אוֹזֵר | = | אוֹזֵר |
| ozèr ceint | participe du kal, racine א־ז־ר |
| בִּגְבוּרָה | = | ◌ָה | + | גְבוּר | + | בִּ |
| bigvouro de force | nom féminin | guevoura, force | de, avec (bi- devant un chva) |
11. Otèr Yisroël Bessif’oro : se couvrir la tête
Le moment. En se couvrant la tête d’un chapeau (Berakhot 60b). L’Admour Hazaken écrit que se couvrir la tête est une marque de pudeur et de sainteté, « car on fait ainsi reposer la crainte du Ciel sur sa tête » (46:2, traduit de l’anglais de Chabad.org).
Sens profond. Avec les chaussures et la ceinture, la coiffe complète les trois vêtements. Le Méa Chéarim la rattache aux téfilines de la tête : la lumière englobante de l’esprit, comme la ceinture l’était des émotions et les chaussures de l’action.
עוֹטֵר יִשְׂרָאֵל בְּתִפְאָרָה:
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2 · une expression traduite de l’anglais de Chabad.org ; le reste en paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Sheasah Li Kol Tzarki · note hébraïque citant Méa Chéarim (עוטר ישראל בתפארה … כנגד תפילין של ראש) ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349723
| עוֹטֵר | = | עוֹטֵר |
| otèr couronne | participe du kal, racine ע־ט־ר |
| בְּתִפְאָרָה | = | ◌ָה | + | תִפְאָר | + | בְּ |
| bessif’oro de splendeur | nom féminin | tif’ara, splendeur | de, avec |
12. Chèlo Assani Goy : la joie d’être juif
Histoire. Cette bénédiction et les deux suivantes viennent de la Guemara (Mena’hot 43b), et l’Admour Hazaken tranche qu’on les dit chaque jour (46:4). Les kabbalistes expliquent qu’elles parlent de l’âme, partie la nuit et revenue.
Sens profond. C’est un remerciement de pouvoir vivre une vie proche de la divinité, avec la foi en son cœur, et non une simple vie matérielle (le Mittéler Rabbi, Ner Mitsva). Le Rabbi a raconté que Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev fut vu un jour dansant de joie pendant les bénédictions du matin. Interrogé, il répondit qu’en arrivant à cette bénédiction, il avait pensé au bonheur qui lui avait été donné, et s’était aussitôt mis à danser (Torat Mena’hem).
שֶׁלֹּא עָשַֽׂנִי גּוֹי:
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Shelo Osani Goy · commentaire et notes hébraïques citant Ner Mitsva (Chaar HaEmouna 38b) et Torat Mena’hem vol. 8 (5713), p. 172 ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349727
13. Chèlo Assani Oved : le joug des mitsvot
Sens. L’Admour Hazaken tranche que même un captif dit cette bénédiction, car elle n’a pas été instituée pour remercier de ne pas être esclave. C’est un remerciement pour notre obligation dans les mitsvot, car un esclave n’est astreint qu’aux mitsvot auxquelles une femme est astreinte (46:4).
שֶׁלֹּא עָשַֽׂנִי עָֽבֶד:
14. Chèlo Assani Icho : dite par les hommes
Sens. Comme la précédente, c’est un remerciement pour l’obligation des mitsvot : les hommes sont astreints à davantage de mitsvot (46:4). Les traducteurs du Choul’han Aroukh de l’Admour Hazaken ajoutent que, selon la ’Hassidout, la supériorité spirituelle innée du féminin sera révélée dans les temps futurs (citant Likouté Si’hot, vol. 30, p. 144 et suiv.).
Pour les femmes. L’Admour Hazaken écrit que les femmes ont coutume de dire chè’assani kirtsono, « qui m’a faite selon Sa volonté » (46:4). Les traducteurs notent qu’il ne l’a pas incluse dans son siddour, et que la pratique varie ; ils citent le Kovets HaRazach (p. 28) et une lettre du Rabbi (Igrot Kodech, vol. 20, p. 63). Consultez votre rav.
שֶׁלֹּא עָשַֽׂנִי אִשָּׁה:
Choul’han Aroukh HaRav 46, note 51–52 des traducteurs (Sichos in English) · paraphrase ; les ouvrages nommés sont cités tels qu’indiqués · chabad.org/…/aid/3285910
| שֶׁלֹּא | = | לֹּא | + | שֶׁ |
| chèlo qui n’a pas | ne … pas | qui, que |
| עָשַֽׂנִי | = | ◌נִי | + | עָשַֽׂ |
| assani (Il) m’a fait | me | asso, Il a fait (racine ע־שׂ־ה) |
15. Hama’avir Chéino : la fin du sommeil
Le moment. En se lavant le visage, et l’on continue par Vihi Ratson jusqu’à sa bénédiction de conclusion (Berakhot 60b ; 46:2).
Sens profond. Le sommeil est « un soixantième de la mort », et l’obscurité de la nuit représente ce qui s’oppose à la sainteté. En ôtant le sommeil de nos yeux, Hachem nous en fait sortir vers la sainteté ; c’est pourquoi la prière continue aussitôt : « habitue-nous à Ta Torah et attache-nous à Tes mitsvot » (Torat ’Haïm). Dans cette même prière, nous demandons de ne pas être amenés à l’épreuve. Le Rabbi explique : on ne doit jamais s’attirer une épreuve ; même le roi David, qui l’a fait, a trébuché (Torat Mena’hem ; Séfer HaMaamarim Melukat).
הַמַּעֲבִיר שֵׁנָה מֵעֵינָי וּתְנוּמָה מֵעַפְעַפָּי:
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 46:2 · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285910
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Hamaavir Sheina Meieinay · commentaire citant Torat ’Haïm, Vaéra 74c ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349731
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Vihi Ratzon · commentaire et note hébraïque citant Torat Mena’hem vol. 25 (5719), p. 86, et Séfer HaMaamarim Melukat ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349732
| הַמַּעֲבִיר | = | מַּעֲבִיר | + | הַ |
| hama’avir Celui qui ôte | présent du hif’il, racine ע־ב־ר | le (Celui qui) |
| שֵׁנָה | = | ◌ָה | + | שֵׁנ |
| chéino sommeil | nom féminin | chéna, sommeil (racine י־שׁ־ן) |
| מֵעֵינָי | = | ◌ָי | + | עֵינ | + | מֵ |
| mé’éinoï de mes yeux | mes (sur une paire), à la pause | ayin, œil (une paire) | de (mi- ; mé- devant ע) |
| וּתְנוּמָה | = | ◌ָה | + | תְנוּמ | + | וּ |
| oussenoumo et l’assoupissement | nom féminin | tenouma, assoupissement (racine נ־ו־ם) | et (ou- devant un chva) |
| מֵעַפְעַפָּי | = | ◌ָי | + | עַפְעַפּ | + | מֵ |
| mé’afapoï de mes paupières | mes (sur un pluriel), à la pause | af’af, paupière | de |
| הַגּוֹמֵל | = | גּוֹמֵל | + | הַ |
| hagomèl Celui qui accorde | participe du kal, racine ג־מ־ל | le (Celui qui) |
| חֲסָדִים | = | ◌ִים | + | חֲסָד |
| ’hassodim bontés | pluriel | ’hèssèd, bonté |
| לְעַמּוֹ | = | ◌וֹ | + | עַמּ | + | לְ |
| le’amo à Son peuple | son | am, peuple | à |
- Leçon 1 §G1 · La racine et le mot en trois parties : la plupart des mots reposent sur une racine de trois lettres ; un mot = préfixe + radical + terminaison
- Leçon 1 §G2 · Les lettres cachées de la racine : le youd, le vav et le hé peuvent changer de forme ou tomber ; un daguech peut marquer une lettre fondue
- Leçon 1 §G3 · Les préfixes d’une lettre : ve- et, be- dans/avec, le- à, mi- de, ché- que : écrits collés au mot suivant
- Leçon 1 §G4 · Les pronoms : isolés et attachés : ani je, Ato Tu ; terminaisons -i mon/moi, -’ho/-è’ho ton, -éinou notre, -o/-ov son
- Leçon 1 §G5 · Les noms : masculin, féminin, pluriel : féminin -a, qui devient -at/-ot devant une terminaison ; pluriels -im et -ot ; les voyelles s’abrègent quand le mot s’allonge
- Leçon 1 §G6 · Les adjectifs, et les phrases sans « est » : l’adjectif suit son nom et s’accorde avec lui ; placé en tête, il forme une phrase sans mot pour « est »
- Leçon 1 §G7 · Les schèmes verbaux (binyanim) et le hif’il : une racine devient verbe par un schème ; le hif’il signifie « faire faire » et se reconnaît à hè- (passé) ou ma-/mo- (présent)
- Leçon 1 §G8 · Présent et passé : qui parle : le présent (participe) varie en genre et en nombre ; le passé ajoute des terminaisons de personne : -ti je, -to tu, -nou nous
- Leçon 2 §G9 · L’article : « le, la » : ha- plus un daguech dans la lettre suivante ; ho- devant aleph, ayin, rech ; caché dans be-, le-, ke-
- Leçon 2 §G10 · L’état construit : « X de Y » : deux noms côte à côte signifient « X de Y » ; l’article va sur le second ; le féminin -a devient -at
- Leçon 2 §G12 · Terminaisons sur les verbes : « nous » complément ou sujet ? : une terminaison sur un verbe désigne le complément ; -onou « nous » (complément) et -nou « nous » (sujet) se distinguent par les voyelles
- Leçon 2 §G13 · Le participe passif : boroukh : le schème kotouv (kamats, puis ou avant la dernière lettre) signifie « -é » : boroukh béni
- Leçon 2 §G14 · Le duel : les paires : ce qui va par paires prend -ayim (-oyim à la pause) : yadayim mains
Dans la leçon 1 nous avons vu que le présent hébreu est un participe (§G8). Dans le binyan simple, le kal (§G7), il a une forme nette : un ’holam (o) après la première lettre de la racine et un tséré (é) sous la deuxième. De פ־ק־ח, « ouvrir (les yeux) », vient פּוֹקֵחַ (pokéa’h), « ouvrant » ; de ז־ק־ף, « redresser », vient זוֹקֵף (zokèf), « redressant ».
La moitié des bénédictions du matin nomment Hachem par un tel participe : פּוֹקֵחַ (pokéa’h), זוֹקֵף (zokèf), רוֹקַע (roka), אוֹזֵר (ozèr), עוֹטֵר (otèr), et, avec « le » devant, הַנּוֹתֵן (hanossèn) et הַגּוֹמֵל (hagomèl).
Une gutturale à la fin. Quand la dernière lettre de la racine est ח ou ע, le é reste en général et un a bref se glisse avant la gutturale (§G19) : פּוֹקֵחַ (pokéa’h). רוֹקַע (roka) a simplement un pata’h, la même forme que dans le verset לְרֹקַע הָאָרֶץ עַל הַמָּיִם (Tehilim 136:6).
Pourquoi c’est important. Un passé dirait qu’Hachem l’a fait une fois. Un participe dit qu’Il le fait, maintenant et toujours. Les bénédictions ne disent pas qu’Hachem a ouvert jadis les yeux des aveugles ; elles disent qu’Il est Celui qui les ouvre, ce matin aussi. La ’Hassidout lit cela dans le Nom lui-même : l’Admour Hazaken explique que le Nom Havaya signifie « faire exister », et que sa forme désigne une action au présent et continue (Tanya, Chaar HaYi’houd VehaEmouna, ch. 4). Chacune de ces bénédictions répète cette leçon par sa grammaire.
| פּוֹקֵחַ | pokéa’h | ouvre (les yeux) | racine פ־ק־ח |
| זוֹקֵף | zokèf | redresse | racine ז־ק־ף |
| רוֹקַע | roka | étend | simple pata’h, comme en Tehilim 136:6 |
| אוֹזֵר | ozèr | ceint | racine א־ז־ר |
| עוֹטֵר | otèr | couronne | racine ע־ט־ר |
| נוֹתֵן | nossèn | donne | racine נ־ת־ן |
La leçon 1 a présenté le hif’il, le binyan qui signifie « faire faire » (§G7), avec מַחֲזִיר (ma’hazir), « rend ». Son présent a deux marques : un mem en tête (avec un pata’h, ma-) et un youd avant la dernière lettre de la racine (-i-). Quatre bénédictions du matin l’emploient :
- מַלְבִּישׁ (malbich), de ל־ב־שׁ, « porter (un vêtement) » : « fait porter », donc « habille ».
- הַמַּעֲבִיר (hama’avir), de ע־ב־ר, « passer » : « fait passer », donc « ôte ».
- מַתִּיר (matir), de נ־ת־ר, « délier » : « libère ». Où est le noun ? Il s’est fondu dans le tav, et le daguech du tav en est la trace (§G2).
- הַמֵּכִין (hamékhin), de כ־ו־ן, « être ferme » : « affermit ». Ici la lettre médiane, un vav, est tombée, et le ma- devient mé- (§G2).
Un participe hif’il nomme donc Hachem comme Celui qui fait quelque chose en nous : Il nous fait porter un vêtement, fait passer le sommeil, délie ceux qui sont liés, affermit nos pas.
| מַחֲזִיר | ma’hazir | rend | leçon 1 (§G7) |
| מַלְבִּישׁ | malbich | habille | racine ל־ב־שׁ |
| מַעֲבִיר | ma’avir | ôte | racine ע־ב־ר |
| מַתִּיר | matir | libère | racine נ־ת־ר : le noun se cache dans le daguech |
| מֵכִין | mékhin | affermit | racine כ־ו־ן : le vav tombe |

L’hébreu emploie souvent un adjectif ou un participe comme nom, sans mot pour « gens ». עִוֵּר signifie « aveugle » ; son pluriel עִוְרִים (ivrim) signifie « les aveugles ». De même, les bénédictions du matin parlent des אֲסוּרִים (assourim), « ceux qui sont liés », un participe passif (§G13) ; des כְּפוּפִים (kefoufim), « ceux qui sont courbés » ; des עֲרֻמִּים (aroumim), « ceux qui sont nus » ; et au singulier de יָעֵף (yo’èf), « celui qui est las ».
Avec « le » devant, un participe signifie « Celui qui ». הַנּוֹתֵן (hanossèn) n’est pas seulement « donnant », mais « Celui qui donne ». De même הַמֵּכִין (hamékhin), « Celui qui affermit » ; הַמַּעֲבִיר (hama’avir), « Celui qui ôte » ; הַגּוֹמֵל (hagomèl), « Celui qui accorde ». Sans l’article, comme dans פּוֹקֵחַ עִוְרִים, le participe se lit juste après מֶלֶךְ הָעוֹלָם (Mèlè’h ha’olom), et le français ajoute quand même « qui ».
שֶׁ avec un verbe au passé donne le même sens pour un acte unique : שֶׁעָשָׂה (chè’asso), « qui a fait » ; שֶׁלֹּא עָשַׂנִי (chèlo assani), « qui ne m’a pas fait » (§G3).
| עִוְרִים | ivrim | les aveugles | adjectif employé comme nom |
| אֲסוּרִים | assourim | ceux qui sont liés | participe passif (§G13) |
| הַיָּעֵף | hayo’èf | celui qui est las | avec l’article |
| הַנּוֹתֵן | hanossèn | Celui qui donne | ha- + participe |
| הַגּוֹמֵל | hagomèl | Celui qui accorde | ha- + participe |
| שֶׁעָשָׂה | chè’asso | qui a fait | chè- + passé |
Dans la leçon 2, la terminaison -nou sur un verbe signifiait « nous » complément (§G12). Pour « me », la terminaison est ־נִי (-ni) : עָשָׂה signifie « Il a fait », et עָשַׂנִי (assani) « Il m’a fait ». Le hé final de la racine ע־שׂ־ה tombe devant la terminaison, comme dans צִוָּנוּ (§G2).
Sur un nom, « mon » est un simple ־ִי (-i), comme dans נִשְׁמָתִי, « mon âme », dans Modè Ani (§G4). Dans les bénédictions : צָרְכִּי (tsorki), « mon besoin », de צֹרֶךְ (tsoré’h), « besoin ». La même terminaison sur une préposition donne לִי (li), « à moi, pour moi ».
Sur un nom pluriel ou duel, « mes » est ־ַי (-aï), comme יָדַי, « mes mains » (§G14). La dernière bénédiction du matin en contient deux : עֵינַי, « mes yeux », et עַפְעַפַּי, « mes paupières ». En fin de membre de phrase, elles prennent le kamats pausal ; le siddour lit donc מֵעֵינָי (mé’éinoï) et מֵעַפְעַפָּי (mé’afapoï), avec le préfixe מֵ, « de ».
Ainsi les bénédictions du matin, qui parlent surtout de « nous » et d’« Israël », parlent aussi de « moi » : ce sont mes propres yeux qu’Hachem ouvre, et mes propres besoins qu’Il comble.
| עָשָׂה | asso | Il a fait | passé, forme nue |
| עָשַׂנִי | assani | Il m’a fait | -ni « me » |
| צָרְכִּי | tsorki | mon besoin | -i « mon » |
| לִי | li | à moi, pour moi | préposition + -i |
| עֵינַי | éinaï | mes yeux | duel + -aï |
| מֵעֵינָי | mé’éinoï | de mes yeux | forme pausale, avec מֵ « de » |
1. Le pata’h furtif. Quand un mot se termine par ח ou ע après une voyelle autre que a, un petit pata’h est écrit sous la dernière lettre, mais il se lit avant elle, comme une glissade : כֹּחַ se lit ko-a’h, et non ko’ha ; פּוֹקֵחַ se lit poké-a’h ; רוּחַ se lit rou-a’h. On l’appelle pata’h guenouva, le pata’h « volé », car il se glisse devant sa lettre.
2. La lettre douce après une voyelle. Les lettres ב, כ et פ (et, dans notre prononciation, ת) ont deux sons : avec un point (daguech) elles sont dures, b, k, p (t) ; sans lui, douces, v, ’h, f (ss). Les lettres ג et ד suivent la même règle à l’écrit, bien que nous les prononcions de la même façon. En début de mot elles prennent normalement le daguech. Mais quand le mot précédent se termine par une voyelle et se lit avec lui, le daguech tombe et la lettre devient douce. Ainsi, dans la première bénédiction, le siddour imprime לַשֶּׂכְוִי בִינָה : après la voyelle de lassè’hvi, on lit vino, et non bino. De même מִצְעֲדֵי גָבֶר (mits’adé govèr), et dans Vihi Ratson כָל רוֹאֵינוּ (’hol ro’éinou) et בִזָּיוֹן (vizoyon). Ailleurs, après une syllabe fermée, le daguech reste : זוֹקֵף כְּפוּפִים (zokèf kefoufim).
Ces points font partie de la lecture exacte du siddour tel qu’il est imprimé ; c’est pourquoi chaque leçon les vérifie sur le siddour.
| כֹּחַ | koa’h | force | pata’h furtif |
| פּוֹקֵחַ | pokéa’h | ouvre | pata’h furtif |
| רוּחַ | roua’h | esprit, vent | pata’h furtif |
| לַשֶּׂכְוִי בִינָה | lassè’hvi vino | au coq l’intelligence | ב doux après une voyelle |
| מִצְעֲדֵי גָבֶר | mits’adé govèr | les pas de l’homme | ג sans daguech après une voyelle |
| זוֹקֵף כְּפוּפִים | zokèf kefoufim | redresse les courbés | כּ dur après une syllabe fermée |
Petits mots des bénédictions du matin
| Mot | Translittération | Sens | Racine | Grammaire |
|---|---|---|---|---|
| בֵּין | bèin | entre | — | Préposition ; l’hébreu la répète devant chaque terme. |
| יוֹם | yom | jour | — | Nom masculin ; avec l’article הַיּוֹם, « aujourd’hui » (§G9). |
| עַל | al | sur, au-dessus de | — | Préposition, comme dans la leçon 2. |
| לִי | li | pour moi, à moi | — | לְ + -i, « moi » (§G18). |
| כָּל | kol | tout, chaque | — | Kamats katan : on lit kol. |
| יִשְׂרָאֵל | Yisroël | Israël | — | Le nom de notre peuple ; dans les bénédictions 10 et 11 et à la fin de Vihi Ratson. |
| גּוֹי | goy | une nation ; un non-Juif | — | Nom masculin. |
| עֶבֶד | èvèd | un esclave, serviteur | ע־ב־ד | À la pause עָֽבֶד, oved (§G14). |
| אִשָּׁה | icho | une femme | — | Nom féminin. |
| טוֹבִים | tovim | bons | ט־ו־ב | Adjectif après son nom, accordé en nombre (§G6). |
| מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם Mèlè’h ha’olom · Roi du monde dans presque chaque bénédiction | נוֹתֵן nossèn · donne racine נ־ת־ן |
| חֶסֶד ’hèssèd · bonté pluriel חֲסָדִים | גְּבוּרָה guevoura · force racine ג־ב־ר |
| תּוֹרָה Torah · Torah Vihi Ratson : בְּתוֹרָתֶֽךָ | מִצְוָה mitsva · mitsva, commandement Vihi Ratson : בְּמִצְוֹתֶֽיךָ |
- Hachem a-t-Il besoin de nos bénédictions ? Expliquez le mot boroukh comme « faire descendre », et dites ce que fait une bénédiction en celui qui la dit.
- Suivez les mots בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, אֱלֹהֵֽינוּ מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם comme une échelle : qu’ajoute chaque échelon ?
- Que signifient les Noms Havaya et Elokim selon le Tanya ? Utilisez l’image du soleil et de son bouclier, et expliquez « Havaya est Elokim ».
- Où la Guemara énumère-t-elle les bénédictions du matin ? Pourquoi les dit-on ensemble aujourd’hui, et où la coutume de Habad les dit-elle ?
- Quelle bénédiction a été ajoutée par les Guéonim, et pourquoi ? Quelles deux bénédictions doivent garder leur ordre ?
- Choisissez trois bénédictions et donnez, pour chacune, son moment du matin et son sens profond.
- Trouvez cinq participes actifs dans les bénédictions et dites ce qu’enseigne leur présent. Puis trouvez deux formes hif’il et la lettre cachée de la racine dans chacune. → voir §G15, §G16, Leçon 1 §G2
- Pourquoi עִוְרִים signifie-t-il « les aveugles » sans mot pour « gens » ? Qu’ajoute l’article dans הַנּוֹתֵן ? → voir §G17, Leçon 2 §G9
- Découpez עָשַֽׂנִי puis מֵעֵינָי en leurs parties. Lisez à voix haute כֹּֽחַ puis לַשֶּֽׂכְוִי בִינָה, et expliquez le pata’h sous le ח et le daguech absent du ב. → voir §G18, §G19
Connectez-vous pour télécharger le PDF
Les PDF des leçons sont réservés aux utilisateurs connectés.