Un gobelet et une bassine près du lit
Leçon de Siddour 2

Al Netilat Yadayim

עַל נְטִילַת יָדָיִם
Dimanche 25 octobre 2026
14 ’Hechvan 5787◆י״ד חשון תשפ״ז
Siddour Tehilat Hachem (Noussa’h Ari Zal) · Au réveil
Compilé par Rabbi Haim Tebeka
Sources : Siddour Tehilat Hachem · Talmud Berakhot · Choul’han Aroukh HaRav · Tanya · Séfer HaMinhaguim · Chabad.org

Après Modè Ani, on se lave les mains, et l’on dit sur cette ablution la première bénédiction de la journée. Cette leçon lit cette bénédiction lentement, comme la leçon 1.

1Origine et sens profondמָקוֹר וּפְנִימִיּוּת

D’où vient la bénédiction : la Guemara

La Guemara de Berakhot (60b) parcourt les premiers moments de la journée, geste par geste, et donne pour chacun sa bénédiction : en entendant le coq, en ouvrant les yeux, en s’habillant, etc. Elle dit notamment : quand on se lave les mains, on dit Al Netilat Yadayim. Notre bénédiction est un maillon de cette chaîne de bénédictions du matin, que la leçon 3 lit en entier.

כִּי מָשֵׁי יְדֵיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ עַל נְטִילַת יָדַיִם״
SourceTalmud, Berakhot 60b · texte de la Guemara via Sefaria ; paraphrase · sefaria.org/Berakhot.60b

Chaque matin, une création nouvelle

Dans la première loi de son chapitre sur l’ablution des mains, l’Admour Hazaken donne la raison de l’ablution du matin. Remarquez deux mots de nos textes dans son hébreu : מַחֲזִיר (la racine ח־ז־ר de chèhè’hèzarto) et מְקַדֵּשׁ (la racine ק־ד־ש de kidechonou, au même pi’el).

כְּשֶׁהַקָּדוֹשׁ־בָּרוּךְ־הוּא מַחֲזִיר לוֹ נִשְׁמָתוֹ – נַעֲשֶׂה כִּבְרִיָּה חֲדָשָׁה … כְּמוֹ כֹּהֵן שֶׁהָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו מִן הַכִּיּוֹר בְּכָל יוֹם קֹדֶם עֲבוֹדָתוֹ
« …lorsque le Saint, béni soit-Il, rend à l’homme son âme, il devient comme une créature nouvelle, ainsi qu’il est écrit : “Ils se renouvellent chaque matin…” … C’est pourquoi nous devons nous sanctifier de Sa sainteté en nous lavant les mains à l’aide d’un récipient, [pour nous préparer] à accomplir Son service et Le servir, comme le kohen qui sanctifiait ses mains au bassin [du Beit HaMikdach] chaque jour avant [de commencer] son service. » (traduction libre)
SourceChoul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 4:1 (Mahadoura Kama) · trad. anglaise R. Eliyahou Touger et Ouri Kaploun (Sichos in English) ; traduction française libre · chabad.org/…/aid/3268366

Pureté, ou sainteté ?

La note des traducteurs sur cette loi en dégage la différence. Le Rambam compte « la pureté des mains » parmi les conditions de la prière ; l’Admour Hazaken parle ici non de pureté (tahara) mais de sanctification (kedoucha). La purification ôte ce qui rendrait inapte au service d’Hachem ; la sanctification élève le niveau de sainteté, et pas seulement pour la prière : l’ablution du matin prépare au service divin de toute la journée. La note renvoie au Likouté Si’hot, vol. 31, p. 185 et suiv.

À méditer : Modè Ani vient d’abord, que nulle impureté n’atteint ; puis les mains sont lavées et sanctifiées pour l’œuvre du jour. Que dit cet ordre sur le lien entre ce que nous sommes et ce que nous faisons ?
SourceChoul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 4:1 (Mahadoura Kama) · note 4 des traducteurs (R. Eliyahou Touger et Ouri Kaploun), citant le Rambam, Hilkhot Tefila 4:1–2, et le Likouté Si’hot vol. 31, p. 185 et suiv. · chabad.org/…/aid/3268366

Les mains et l’eau : ce que l’ablution fait en nous

Le commentaire du siddour en ligne de Chabad.org rapporte deux enseignements sur les mots de cette bénédiction. Sur קִדְּשָֽׁנוּ : le mot a la même racine que kidouchin, la consécration d’une épouse, car les mitsvot lient le Juif à Hachem dans une union complète (Tanya, ch. 46). Sur l’ablution elle-même : les mains, qui se tendent vers ce qui est hors de nous, représentent les émotions, et l’eau claire et calme représente l’intellect. Verser l’eau sur les mains, c’est laisser l’esprit, et surtout sa part divine, guider le cœur ; et cela s’appelle netila, « enlèvement », parce qu’on enlève ce qui est indésirable dans les émotions (Igrot Kodech du Rabbi précédent, vol. 3, p. 305).

SourceChabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Al Netilas Yadayim · commentaire citant le Tanya, Likouté Amarim ch. 46, et les Igrot Kodech du Rabbi précédent, vol. 3, p. 305 ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2349708
Éclairage ’hassidique

« Tu » : dans la prière, on parle à Hachem directement

Un siddour ouvert sur un pupitre en bois, près d’une fenêtre, dans la lumière du matin

Toute bénédiction s’ouvre par בָּרוּךְ אַתָּה, « Béni sois-Tu ». Ici, dans la première bénédiction de la journée, nous rencontrons ce mot pour la première fois : dans la prière, on ne parle pas au sujet d’Hachem, on Lui parle, à la deuxième personne. Le rabbin Yitz’hak Ginsburgh a écrit :

Lorsque nous étudions la Torah, nous nous rapportons à D.ieu, Celui qui donne la Torah, comme à « Lui », à la troisième personne.

« Il » est le pronom de Yaakov, le troisième père, le pilier de l’étude de la Torah.

Lorsque nous prions D.ieu, nous nous rapportons à Lui comme à « Toi », à la deuxième personne.

« Tu » est le pronom d’Its’hak, le deuxième père, le pilier de la prière.

Lorsque nous nous consacrons aux actes de bonté, nous imitons D.ieu Lui-même, au point que Son « Je » entre dans notre « Je » et s’y fond : je travaille comme l’émissaire de D.ieu, et il nous est enseigné qu’un émissaire dévoué est en réalité un prolongement de celui pour qui il agit.

« Je » est le pronom d’Avraham, le premier père, le pilier de la bonté.

— Rabbin Yitz’hak Ginsburgh (traduction de l’anglais)
SourceRabbin Yitz’hak Ginsburgh, message sur X (@RabbiGinsburgh), 26 octobre 2026 · traduction ; l’original anglais figure dans la version anglaise de cette leçon · x.com/RabbiGinsburgh/status/2114784109889261683
Grammaire : אַתָּה est le pronom isolé « Tu » → voir Leçon 1 §G4
Deux liens que je propose

Ces liens sont les miens ; ils ne sont pas les paroles du rabbin Ginsburgh.

Les trois piliers. J’entends dans ses mots la michna de Chimon le Juste, qui disait : « Le monde repose sur trois choses : la Torah, le service divin et les actes de bonté » (Avot 1:2, traduction). Les Sages appellent la prière « le service qui est dans le cœur » (Taanit 2a). Les trois pronoms reposent ainsi sur les trois piliers : Il dans l’étude de la Torah, Tu dans la prière, Je dans la bonté.

עַל שְׁלֹשָׁה דְבָרִים הָעוֹלָם עוֹמֵד: עַל הַתּוֹרָה, וְעַל הָעֲבוֹדָה, וְעַל גְּמִילוּת חֲסָדִים.

L’émissaire dévoué. Derrière « un émissaire dévoué est en réalité un prolongement » j’entends la règle des Sages שְׁלוּחוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹתוֹ, « l’émissaire d’un homme est comme lui-même ». La michna de Berakhot (34b) l’applique à la prière elle-même : si l’officiant se trompe, c’est un mauvais signe pour ceux qui l’ont envoyé, car l’émissaire d’un homme est comme lui-même. La Guemara de Kidouchin (41b) apprend la règle du sacrifice de Pessa’h : le verset dit que toute l’assemblée d’Israël l’égorge, alors qu’une seule personne l’égorge.

Dans notre bénédiction. Juste après אַתָּה, « Tu », la bénédiction poursuit : אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו, « qui nous a sanctifiés par Ses commandements ». Le Tu de la prière et le Il des commandements de la Torah se rejoignent dans une seule phrase.

SourcePirké Avot 1:2 · texte hébreu et traduction anglaise sur Chabad.org · chabad.org/…/aid/2165
Talmud, Taanit 2a · paraphrase · sefaria.org/Taanit.2a
Michna, Berakhot 34b (5:5) · paraphrase · sefaria.org/Berakhot.34b
Talmud, Kidouchin 41b · paraphrase ; le verset est Chemot 12:6 · sefaria.org/Kiddushin.41b

La pratique, en bref (coutume ’Habad)

  • La veille, on prépare près du lit un gobelet d’eau et une bassine.
  • Au réveil, on dit Modè Ani, puis on prend le gobelet de la main droite, on le passe à la main gauche, et l’on verse d’abord sur la main droite puis sur la gauche, en alternant, trois fois sur chaque main (Choul’han Aroukh HaRav 4:4, 4:10).
  • La coutume ’Habad est de ne pas dire la bénédiction près du lit : après s’être habillé et être passé aux toilettes, on refait l’ablution de la même façon, et alors seulement on dit Al Netilat Yadayim (Chabad.org).
  • L’usage loubavitch est de s’essuyer les mains avant la bénédiction et de la dire les mains levées à hauteur des tempes (Séfer HaMinhaguim, p. 5).

Ceci décrit la coutume, ce n’est pas une décision de halakha. Pour toute question pratique, consultez votre rav.

SourceChoul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 4:4, 4:10 (Mahadoura Kama) · trad. anglaise R. Eliyahou Touger et Ouri Kaploun (Sichos in English) ; traduction française libre · chabad.org/…/aid/3268366
Chabad.org Staff, « Morning Hand-Washing — Get Your Hands Wet! » · chabad.org/…/aid/1016342
Séfer HaMinhaguim — coutumes ’Habad-Loubavitch (Kehot), p. 5 · cité dans les notes du Choul’han Aroukh HaRav 4:7 (n. 40) · chabad.org/…/aid/3268366
2Le texteהַנֻּסָּח
Al Netilat Yadayim — après l’ablution
La bénédiction sur l’ablution du matin (quand la dire : voir « La pratique » ci-dessous).
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, אֱלֹהֵֽינוּ מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם, אֲשֶׁר קִדְּשָֽׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו, וְצִוָּֽנוּ עַל נְטִילַת יָדָֽיִם:
Boroukh Ato Ado-noï, Èlo-kéinou Mèlè’h ha’olom, achèr kidechonou bemitsvossov vetsivonou al netilass yodoyim.
Comme dans le siddour imprimé, le Nom est écrit יְיָ et se lit Ado-noï. Cette page contient le Nom d’Hachem : merci de la traiter avec respect et de ne pas la jeter avec les papiers ordinaires.
SourceChabad.org, Online Siddur with Commentary : Al Netilas Yadayim · texte du Siddour Tehilat Hachem ; vérifié mot à mot le 2 novembre 2026 · chabad.org/torah-texts/2349708
Siddour Tehilat Hachem (Noussa’h Ari Zal), le matin, au réveil · texte tel que sur Chabad.org, « To Be Said Upon Awakening » · chabad.org/…/aid/283764

Al Netilat Yadayim

HébreuTranslittérationSens
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ,Boroukh Ato Ado-noï,Béni sois-Tu, Hachem,
אֱלֹהֵֽינוּ מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם,Èlo-kéinou Mèlè’h ha’olom,notre D.ieu, Roi de l’univers,
אֲשֶׁר קִדְּשָֽׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו,achèr kidechonou bemitsvossovqui nous a sanctifiés par Ses commandements
וְצִוָּֽנוּ עַל נְטִילַת יָדָֽיִם:vetsivonou al netilass yodoyim.et nous a ordonné l’ablution des mains.

Du « Tu » au « Il ». La bénédiction commence à la deuxième personne (Boroukh Ato, « Béni sois-Tu ») et continue à la troisième (bemitsvossov, « par Ses commandements » ; vetsivonou, « et Il nous a ordonné »). Toutes les bénédictions du Siddour ont cette forme ; autant la remarquer dès la première.

SourceSiddour Tehilat Hachem (Noussa’h Ari Zal), le matin, au réveil · texte tel que sur Chabad.org, « To Be Said Upon Awakening » · chabad.org/…/aid/283764
3Mot à motמִלָּה בְּמִלָּה
Code couleur : préfixe / préposition lettres de la racine (choresh) suffixe / terminaisonbleu, cadre tireté = préfixe · bordeaux gras = racine · vert, cadre pointillé = suffixe ; chaque voyelle prend la couleur de sa lettre
בָּרוּךְ= בָּרוּךְ
boroukh
béni
racine ב־ר־ך, schème passif katoul
Racine : ב־ר־ך · Les trois lettres de la racine avec le schème passif katoul (le וּ avant la dernière lettre) : « béni ». Toute bénédiction commence ainsi. → voir §G13, Leçon 1 §G6
אַתָּה= אַתָּה
Ato
Tu, Toi
pronom « Tu » (m.)
Un pronom, laissé entier. La bénédiction s’adresse à Hachem. → l’éclairage ’hassidique sur « Tu » → voir Leçon 1 §G4
ה׳= ה׳
Ado-noï
Hachem
le Nom divin : pas d’analyse
On ne décompose pas le Nom. Dans le siddour il est écrit יְיָ ; ici il est abrégé ה׳.
אֱלֹקֵינוּ= אֱלֹקֵינוּ
Èlo-kéinou
notre D.ieu
le Nom avec la terminaison « notre » : pas découpé
Par respect, on ne découpe pas le Nom ; sa terminaison ־ֵינוּ signifie « notre », comme dans beaucoup de mots que vous rencontrerez. → voir Leçon 1 §G4, Leçon 1 §G5
מֶֽלֶךְ= מֶלֶךְ
Mèlè’h
Roi
racine מ־ל־ך
Racine : מ־ל־ך · Les trois lettres sont celles de la racine. Déjà rencontré dans Modè Ani. → voir Leçon 1 §G5, §G10
הָעוֹלָם= עוֹלָם+הָ
ha’olom
le monde, l’univers
olom, monde (racine ע־ל־ם)« le »
Racine : ע־ל־ם · Le préfixe הָ est l’article défini, « le ». מֶלֶךְ הָעוֹלָם est un état construit : « Roi du monde ». → voir §G9, §G10
אֲשֶׁר= אֲשֶׁר
achèr
qui
pronom relatif
Un mot de liaison, laissé entier. → voir Leçon 1 §G3
קִדְּשָֽׁנוּ= ◌נוּ+קִדְּשָֽׁ
kidechonou
nous a sanctifiés
« nous »racine ק־ד־ש, passé du pi’el
Racine : ק־ד־ש · Le daguech dans le ד marque le pi’el. La terminaison ־נוּ est le complément : Il nous a sanctifiés. → voir §G11, §G12
בְּמִצְוֹתָיו= ◌ָיו+מִצְוֹת+בְּ
bemitsvossov
par Ses commandements
ses, sur un nom plurielmitsvot, pluriel de מִצְוָה (racine צ־ו־ה)par, avec
Racine : צ־ו־ה · Trois pièces : בְּ « par », le nom pluriel מִצְוֹת, et la terminaison ־ָיו « ses ». Le ה de la racine n’apparaît pas dans le nom. → voir Leçon 1 §G3, Leçon 1 §G4, Leçon 1 §G5
וְצִוָּֽנוּ= ◌נוּ+צִוָּֽ+וְ
vetsivonou
et nous a ordonné
« nous »racine צ־ו־ה, passé du pi’elet
Racine : צ־ו־ה · Même racine que mitsva. Le ה final de la racine tombe devant la terminaison ־נוּ. → voir Leçon 1 §G3, §G11, §G12, Leçon 1 §G2
עַל= עַל
al
sur, au sujet de
préposition
Une préposition, laissée entière.
נְטִילַת= ◌ת+נְטִילַ
netilass
l’élévation, l’ablution de
état construit « le … de »netila, racine נ־ט־ל
Racine : נ־ט־ל · נְטִילָה devient נְטִילַת quand un autre nom suit : « la netila des mains ». → voir §G10, Leçon 1 §G5
יָדָֽיִם= ◌ָֽיִם+יָד
yodoyim
mains
terminaison du duel : une paire (ici à la pause)yad, main
La terminaison ־ַיִם marque ce qui va par paires : mains, yeux, oreilles. En fin de phrase, le siddour allonge son pata’h en kamats (forme « pausale ») : on dit donc yodoyim ; la Guemara, au milieu d’une phrase, écrit יָדַיִם. → voir §G14
4Grammaire : ce que vous savez, et ce qui est nouveauדִּקְדּוּק
Les notions déjà expliquées sont seulement rappelées en une ligne, avec l’endroit où elles sont expliquées en détail. Les notions nouvelles de cette bénédiction sont expliquées ici en profondeur (§G9 à §G14).
Déjà expliqué dans la leçon 1, et utilisé dans cette bénédiction
  • Leçon 1 §G1 · La racine et le mot en trois parties : la plupart des mots reposent sur une racine de trois lettres ; un mot = préfixe + radical + terminaison
  • Leçon 1 §G2 · Les lettres cachées de la racine : le youd, le vav et le hé peuvent changer de forme ou tomber ; un daguech peut marquer une lettre fondue
  • Leçon 1 §G3 · Les préfixes d’une lettre : ve- et, be- dans/avec, le- à, mi- de, ché- que : écrits collés au mot suivant
  • Leçon 1 §G4 · Les pronoms : isolés et attachés : ani je, Ato Tu ; terminaisons -i mon/moi, -’ho/-è’ho ton, -éinou notre, -o/-ov son
  • Leçon 1 §G5 · Les noms : masculin, féminin, pluriel : féminin -a, qui devient -at/-ot devant une terminaison ; pluriels -im et -ot ; les voyelles s’abrègent quand le mot s’allonge
  • Leçon 1 §G6 · Les adjectifs, et les phrases sans « est » : l’adjectif suit son nom et s’accorde avec lui ; placé en tête, il forme une phrase sans mot pour « est »
  • Leçon 1 §G8 · Présent et passé : qui parle : le présent (participe) varie en genre et en nombre ; le passé ajoute des terminaisons de personne : -ti je, -to tu, -nou nous
§G9 Notion de grammaire L’article : « le, la »

L’hébreu n’a pas de mot séparé pour « le ». Il colle הַ devant le nom et redouble la lettre suivante par un daguech : יוֹם, « un jour », devient הַיּוֹם, « le jour, aujourd’hui ». Il n’y a pas de mot pour « un » : מֶלֶךְ seul signifie « un roi ».

Devant les gutturales (aleph, hé, ’heth, ayin, rech), qui ne prennent pas de daguech, c’est la voyelle du hé qui change. Devant aleph, ayin et rech c’est en général un kamats : עוֹלָם devient הָעוֹלָם, « le monde ».

Le hé se cache dans un préfixe. Quand be-, le- ou ke- (§G3) précède l’article, le hé disparaît et sa voyelle passe au préfixe. Le- plus ha- plus בְּקָרִים donne לַבְּקָרִים, « aux matins », le verset de la fin de Modè Ani. De même בַּבֹּקֶר signifie « le matin ». Un patah sous be- ou le-, suivi d’un daguech, est le signe d’un « le » caché.

הַיּוֹםhayomle jour, aujourd’huiha- + daguech
הָעוֹלָםha’olomle mondeho- devant ayin
לַבְּקָרִיםlabekorimaux matinsle- + ha- : le hé se cache
בַּבֹּקֶרbabokerle matinbe- + ha-
§G10 Notion de grammaire L’état construit : « X de Y »

Pour dire « le X de Y », l’hébreu juxtapose deux noms, sans mot pour « de » : מֶלֶךְ הָעוֹלָם, « Roi du monde » ; נְטִילַת יָדַיִם, « l’ablution des mains ». Le premier nom est à l’état construit (smi’hout, « appui ») : il s’appuie sur le second.

  1. L’article ne va que sur le second nom, et rend toute la chaîne définie : מֶלֶךְ הָעוֹלָם est « le Roi du monde ». Le premier nom ne prend jamais l’article.
  2. Le premier nom peut changer de forme. Le hé féminin devient tav, comme devant une terminaison (§G5) : נְטִילָה, « ablution », devient נְטִילַת. Le pluriel -im devient -éi : פָּנִים devient פְּנֵי, « le visage de », le mot que l’on trouve dans לִפְנֵי, « devant ».
  3. Les deux mots se disent comme une seule unité ; l’accent tombe sur le second, et les voyelles du premier s’abrègent souvent.

Chaque bénédiction en contient une : מֶלֶךְ הָעוֹלָם. La prière de Chabbat נִשְׁמַת כָּל חַי commence par une autre.

מֶלֶךְ הָעוֹלָםMèlè’h ha’olomRoi du mondearticle sur le second nom
נְטִילַת יָדַיִםnetilass yadayimablution des mainsle féminin -a devient -at
פְּנֵיpenéle visage dele pluriel -im devient -éi
נִשְׁמַת כָּל חַיnichmat kol ’haïl’âme de tout vivantChabbat matin
§G11 Notion de grammaire Le pi’el : la lettre du milieu redoublée
A Kiddush cup and challah

Le pi’el est le binyan (§G7) dont la marque est une lettre médiane de la racine redoublée, signalée par un daguech : קִדֵּשׁ, « il a sanctifié », avec un daguech dans le daleth. Au passé, la première lettre de la racine porte un ’hirik ; au présent, un mem avec chva vient en tête : מְקַדֵּשׁ, « sanctifie », comme à la fin du Kiddouch du Chabbat : מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת, « Qui sanctifie le Chabbat ».

Le pi’el transforme souvent un état en action : קָדוֹשׁ signifie « saint », et קִדֵּשׁ « a rendu saint ».

Dans la bénédiction, les deux verbes sont au pi’el :

  • קִדְּשָׁנוּ, « Il nous a sanctifiés » : le daguech est dans le daleth.
  • צִוָּנוּ, « Il nous a ordonné » : le daguech est dans le vav. Lisez attentivement : un vav avec un point et un kamats dessous est une consonne redoublée vv, et non la voyelle ou. Le hé final de la racine צ־ו־ה est tombé (§G2).

Beaucoup de mots du Siddour viennent de la racine ק־ד־ש, par exemple קָדוֹשׁ (saint), קְדֻשָּׁה (sainteté) et קִדּוּשׁ (Kiddouch).

קָדוֹשׁkodochsaintadjectif
קִדֵּשׁkidèchil a sanctifiépi’el, passé
מְקַדֵּשׁmekadèchsanctifiepi’el, présent
צִוָּהtsivoil a ordonnépi’el, passé ; daguech dans le vav
קִדּוּשׁkiddouchsanctificationnom du pi’el
§G12 Notion de grammaire Terminaisons sur les verbes : « nous » complément ou sujet ?

Les terminaisons personnelles (§G4) se collent aussi aux verbes, et désignent alors le complément : קִדְּשָׁנוּ, « Il nous a sanctifiés » ; צִוָּנוּ, « Il nous a ordonné ».

Mais -nou est aussi la terminaison du passé pour « nous avons fait » (§G8). Les voyelles les distinguent :

  • קִדַּשְׁנוּ, « nous avons sanctifié » : un patah sous le daleth, un chva sous le chin.
  • קִדְּשָׁנוּ, « Il nous a sanctifiés » : un chva sous le daleth, un kamats sous le chin.

Dans la bénédiction, c’est Hachem qui agit et nous qui recevons : « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné ».

קִדְּשָׁנוּkidechonouIl nous a sanctifiéscomplément « nous »
קִדַּשְׁנוּkidachnounous avons sanctifiésujet « nous »
וְצִוָּנוּvetsivonouet Il nous a ordonnécomplément « nous »
חָזַרְנוּ’hozarnounous sommes revenussujet « nous » (§G8)
§G13 Notion de grammaire Le participe passif : boroukh

À partir d’une racine simple (kal), le schème avec un kamats sous la première lettre et un וּ avant la dernière forme un participe passif, un adjectif signifiant « -é » : בָּרוּךְ, « béni » ; כָּתוּב, « écrit » ; אָסוּר, « interdit ».

Comme tout participe (§G8), il s’accorde en genre et en nombre : בָּרוּךְ (m.), בְּרוּכָה (f.), בְּרוּכִים (pl.).

Ainsi בָּרוּךְ אַתָּה signifie « Béni (sois-)Tu » : l’adjectif en tête et pas de verbe « être », la même forme que רַבָּה אֱמוּנָתֶךָ dans Modè Ani (§G6).

בָּרוּךְboroukhbéniracine ב־ר־ך
בְּרוּכָהberoukhobénieféminin
כָּתוּבkossouvécritracine כ־ת־ב
אָסוּרossourinterditracine א־ס־ר
§G14 Notion de grammaire Le duel : les paires
A pair of Shabbos candlesticks

Ce qui va naturellement par paires prend un pluriel particulier, le duel, en -ayim : יָד, « main », devient יָדַיִם, « (les deux) mains » ; עַיִן, « œil », devient עֵינַיִם ; de même pour les oreilles et les pieds. La même terminaison se trouve dans quelques mots de nombre et de temps : שְׁנַיִם, « deux » ; יוֹמַיִם, « deux jours ».

Ne le confondez pas avec le pluriel -im (§G5) : -im fait une syllabe, -ayim en fait deux, un patah puis un ’hirik.

À la pause. À la fin d’un verset ou d’une bénédiction, les mots allongent souvent une voyelle. La bénédiction se termine donc par יָדָֽיִם, avec un kamats, prononcé yodoyim dans notre prononciation.

Avec une terminaison, le duel se comporte comme un pluriel (§G4) : יָדַי, « mes mains » ; יָדֶיךָ, « tes mains ».

יָדַיִםyadayimmainsduel
יָדָיִםyodoyimmains (fin de la bénédiction)forme pausale
עֵינַיִםéinayimyeuxduel
שְׁנַיִםchenayimdeuxnombre
יָדַיyodaïmes mainsduel + -aï « mes »

Al Netilat Yadayim

MotTranslittérationSensRacineGrammaire
בָּרוּךְboroukhbéniב־ר־ךParticipe passif du kal, m.s. (schème katoul). Ouvre chaque bénédiction.
אַתָּהAtoTu, Toi—Pronom personnel, 2e m.s. : la bénédiction s’adresse à Hachem.
ה׳Ado-noïHachem (le Nom divin)—Le Nom ; on ne le prononce Ado-noï que dans la prière et les bénédictions ; à l’étude on dit « Hachem ». Pas d’analyse grammaticale.
אֱלֹקֵינוּÈlo-kéinounotre D.ieu—Le Nom + suffixe 1re pers. plur. ־ֵינוּ, « notre ». Écrit ici avec ק, selon l’usage hors du texte du siddour.
מֶֽלֶךְ הָעוֹלָםMèlè’h ha’olomRoi de l’universע־ל־םÉtat construit : מֶלֶךְ « roi de » suivi de הָעוֹלָם « le monde » (l’article הָ avec עוֹלָם). Présent dans chaque bénédiction.
אֲשֶׁרachèrqui—Pronom relatif.
קִדְּשָֽׁנוּkidechonounous a sanctifiésק־ד־שPassé du pi’el, 3e m.s. קִדֵּשׁ + suffixe complément ־ָנוּ « nous ». Le daguech dans le ד marque le pi’el.
בְּמִצְוֹתָיוbemitsvossovpar Ses commandementsצ־ו־הבְּ « par », puis מִצְוֹת (pluriel de מִצְוָה), puis le suffixe 3e m.s. des noms pluriels ־ָיו (« ses »).
וְצִוָּֽנוּvetsivonouet nous a ordonnéצ־ו־הוְ + passé du pi’el, 3e m.s. צִוָּה avec le suffixe ־נוּ « nous ». Même racine que מִצְוָה : la mitsva est littéralement « ce qui est ordonné ».
עַלalau sujet de—Préposition (litt. « sur ») ; dans les bénédictions sur les mitsvot, « au sujet de ».
נְטִילַתnetilassl’ablution (litt. le fait de prendre, d’élever)נ־ט־לNom verbal f.s., schème ketila, à l’état construit (ה devient ת). Voir plus bas l’Admour Hazaken : pourquoi netila et non re’hitsa.
יָדָֽיִםyodoyimmains—Duel de יָד (nom à deux lettres), terminaison ־ַיִם pour les paires. En fin de bénédiction, forme pausale יָדָיִם (kamats) ; sinon יָדַיִם.

Netila, et non re’hitsa. L’Admour Hazaken explique que les Sages ont formulé la bénédiction al netilat yadayim et non al re’hitsat yadayim (« lavage »), parce que le récipient de l’ablution s’appelle natla : le mot lui-même enseigne qu’il faut un récipient. La note des traducteurs ajoute la lecture de Rabbénou Bé’hayé : netila signifie « élever », comme dans « Élevez vos mains dans la sainteté » (Tehilim 134:2).

SourceChoul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 4:1 (Mahadoura Kama) · avec la note 9 des traducteurs (R. Eliyahou Touger et Ouri Kaploun, Sichos in English) · chabad.org/…/aid/3268366
Mots qui reviennent : à retenir
Vous retrouverez ces mots dans presque toutes les leçons.
בָּרוּךְ boroukh · béni
racine ב־ר־ך · ouvre chaque bénédiction
אַתָּה Ato · Tu, Toi
chaque bénédiction s’adresse directement à Hachem
מֶלֶךְ mèlè’h · Roi
racine מ־ל־ך · Modè Ani, Mèlè’h ha’olom
עוֹלָם olom · monde, univers
racine ע־ל־ם · Mèlè’h ha’olom dans chaque bénédiction
מִצְוָה mitsva · commandement
racine צ־ו־ה · bemitsvossov vetsivonou dans chaque bénédiction sur une mitsva
נְשָׁמָה nechomo · âme
racine נ־ש־ם · nichmossi dans Modè Ani
אֱמוּנָה èmouno · foi, fidélité
racine א־מ־ן · èmounossè’ho ; aussi אָמֵן
קָדוֹשׁ kodoch · saint
racine ק־ד־ש · kidechonou
5Révisionחֲזָרָה
  1. Pourquoi la bénédiction est-elle al netilat yadayim et non al re’hitsat yadayim ? Donnez la raison de l’Admour Hazaken et l’autre lecture mentionnée dans la note des traducteurs.
  2. La bénédiction passe du « Tu » à « Ses commandements ». Prenez une autre bénédiction que vous savez par cœur : a-t-elle la même forme ? Puis : pureté ou sainteté — lequel décrit votre ablution du matin, et pourquoi l’Admour Hazaken choisit-il le second ? → voir Leçon 1 §G4
  3. Expliquez pourquoi קִדְּשָׁנוּ signifie « Il nous a sanctifiés » et non « nous avons sanctifié ». Puis trouvez l’article « le » dans la bénédiction, et dites pourquoi le dernier mot se termine en -oyim et non en -im. → voir §G12, §G9, §G14
Hatsla’ha rabba !
Ces leçons sont destinées à l’étude et à la discussion. Pour toute question de halakha pratique, consultez votre rav.