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Le Kaddich : la louange depuis le lieu le plus sombre
Le Kaddich est la prière que chaque Juif connaît, même celui qui n’en connaît aucune autre. Nous l’entendons plusieurs fois par jour, et nous le disons à l’heure la plus dure de notre vie, quand nous avons perdu un être cher. Étrangement, il ne dit rien de la mort. Tout y est louange : « Que Son grand Nom soit grandi et sanctifié. » Dans cette leçon je raconte d’où vient le Kaddich, d’un verset de Ye’hezkel et d’une ruine de Jérusalem ; pourquoi il ne se dit qu’à dix, et pourquoi en araméen ; et ce qu’enseignent le Rabbi et les maîtres ’hassidiques sur l’endeuillé qui se lève et grandit le Nom d’Hachem. Je l’écris en pensant à chaque endeuillé, et aux yahrzeits que chacun de nous porte. Puis, comme toujours, chaque mot est décomposé. Le Kaddich est en araméen, la sœur de l’hébreu, et sa grammaire est la partie nouvelle de cette leçon (§G39 à §G43). Qui dit le Kaddich, et quand, est une question pratique pour votre rav.
Un verset de Ye’hezkel : « Je serai grandi et sanctifié »
Les premiers mots du Kaddich, יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ, ne sont pas des mots nouveaux. Ils viennent du prophète Ye’hezkel (38:23). Après la guerre de Gog et Magog, à la fin des jours, Hachem dit : « Je serai grandi et sanctifié, et Je serai connu aux yeux de nombreuses nations. » Le commentaire de notre siddour nomme ce verset comme la source biblique du Kaddich.
Le Midrach (Vayikra Rabba 24:1) demande : quand le Nom du Saint, béni soit-Il, est-il grandi dans Son monde ? Quand Il exerce la justice contre les méchants. Le commentaire rapporte ce Midrach d’après l’Or HaTorah, et dans sa note hébraïque le Tséma’h Tsédek écrit que שְׁמֵהּ רַבָּא est simplement le Targoum, l’araméen, de שְׁמוֹ הַגָּדוֹל, « Son grand Nom ».
Le Kaddich commence donc par une promesse sur la fin de l’histoire. Aujourd’hui Sa grandeur est cachée ; un jour, tous les yeux la verront. Quand nous disons Yisgadal, nous demandons que ce jour vienne maintenant.
וְהִתְגַּדִּלְתִּי וְהִתְקַדִּשְׁתִּי וְנוֹדַעְתִּי לְעֵינֵי גּוֹיִם רַבִּיםאֵימָתַי שְׁמוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְגַּדֵּל בְּעוֹלָמוֹ, בְּשָׁעָה שֶׁעוֹשֶׂה מִדַּת הַדִּין בָּרְשָׁעִיםוהנה שמיה רבא הוא תרגום של שמו הגדול
Vayikra Rabba 24:1 · texte hébreu via Sefaria ; cité · sefaria.org/Vayikra_Rabbah.24.1
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Kaddish DeRabbanan · commentaire sur יִתְגַּדַּל ; anglais en paraphrase ; Or HaTorah cité d’après le commentaire · chabad.org/torah-texts/2353408
Or HaTorah, Bamidbar vol. 2, Chela’h, p. 480 · cité d’après une note hébraïque du commentaire ; cité tel qu’imprimé, sans voyelles
Rabbi Yossé dans les ruines de Jérusalem
La Guemara, au tout début de Berakhot (3a), raconte une histoire qui est, je crois, le cœur de cette leçon. Rabbi Yossé dit : « Une fois, je marchais sur la route, et je suis entré dans l’une des ruines de Jérusalem pour prier. » Éliyahou Hanavi l’attendit à l’entrée jusqu’à ce qu’il ait fini, et lui demanda ce qu’il avait entendu dans cette ruine.
Rabbi Yossé répondit : « J’ai entendu une voix céleste qui roucoulait comme une colombe et disait : Malheur, J’ai détruit Ma maison, brûlé Mon sanctuaire, et exilé Mes enfants parmi les nations. » Éliyahou lui dit : pas seulement à ce moment-là ; trois fois chaque jour, elle le dit.
Puis Éliyahou ajoute les mots qui nous touchent ici : quand les Juifs entrent dans les synagogues et les maisons d’étude et répondent « Que Son grand Nom soit béni », le Saint, béni soit-Il, hoche la tête et dit : « Heureux le roi que l’on loue ainsi dans sa maison. Qu’en est-il du père qui a exilé ses enfants, et malheur aux enfants exilés de la table de leur père. »
Voyez où la réponse du Kaddich se fait entendre d’abord : dans une ruine, en exil, à l’heure de la douleur. Les enfants sont loin de la table de leur Père, la maison est brûlée, et pourtant ils se rassemblent et disent : que Son grand Nom soit béni. C’est de cela que parle cette leçon. (Dans les mots de la Guemara, la réponse est à moitié en hébreu, הַגָּדוֹל ; notre siddour la dit tout en araméen, רַבָּא.)
פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְנִכְנַסְתִּי לְחוּרְבָּה אַחַת מֵחוּרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם לְהִתְפַּלֵּל.שָׁמַעְתִּי בַּת קוֹל שֶׁמְּנַהֶמֶת כְּיוֹנָה וְאוֹמֶרֶת: ״אוֹי שֶׁהֶחֱרַבְתִּי אֶת בֵּיתִי וְשָׂרַפְתִּי אֶת הֵיכָלִי וְהִגְלֵיתִי אֶת בָּנַי לְבֵין אוּמּוֹת הָעוֹלָם״.בְּשָׁעָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִכְנָסִין לְבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּלְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת וְעוֹנִין ״יְהֵא שְׁמֵיהּ הַגָּדוֹל מְבֹורָךְ״, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְנַעְנֵעַ רֹאשׁוֹ, וְאוֹמֵר: אַשְׁרֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ, מַה לּוֹ לָאָב שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו, וְאוֹי לָהֶם לַבָּנִים שֶׁגָּלוּ מֵעַל שׁוּלְחַן אֲבִיהֶם.

Seulement à dix
Le Kaddich ne se dit jamais seul. La Guemara (Berakhot 21b) enseigne que « toute chose de sainteté ne se dit pas à moins de dix », et l’apprend du verset « Je serai sanctifié au milieu des enfants d’Israël » (Vayikra 22:32). Le mot « au milieu », תּוֹךְ, apparaît aussi dans l’histoire des explorateurs, « séparez-vous du milieu de cette assemblée » ; là, l’assemblée, la עֵדָה, était de dix hommes : douze explorateurs, sans Yehochoua et Kalev.
L’Admour Hazaken le rapporte comme halakha (55:2) : le Kaddich, Barekhou et la Kedoucha ne se disent pas à moins de dix. Et (56:4) les dix ne sont pas dix orateurs mais une assemblée : neuf qui écoutent et répondent, et un qui le dit.
C’est une raison de plus pour laquelle le Kaddich console. L’endeuillé ne peut pas le dire dans sa chambre. Il doit sortir, se tenir parmi dix Juifs, et ils doivent lui répondre. Le rav Yera’hmiel Tilles écrit sur Chabad.org que devoir dire le Kaddich en public « aide aussi l’endeuillé à dépasser ses malheurs personnels et à commencer à penser de façon plus communautaire » (traduit de l’anglais). Qui compte dans les dix, et que faire quand ils ne sont pas là, est une question pour votre rav.
כׇּל דָּבָר שֶׁבִּקְדוּשָּׁה לֹא יְהֵא פָּחוֹת מֵעֲשָׂרָה.וְנִקְדַּשְׁתִּי בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵלכָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻשָּׁה כְּגוֹן קַדִּישׁ וּ"בָרְכוּ" וּקְדֻשָּׁהוְאֵין עֵדָה פְּחוּתָה מֵעֲשָׂרָהשֶׁכָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻשָּׁה אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר בְּפָחוֹת מִי' – ט' שׁוֹמְעִין וְאֶחָד אוֹמֵר.
Vayikra 22:32 · texte hébreu via Sefaria ; cité en partie · sefaria.org/Leviticus.22.32
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 55:2 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · texte hébreu cité ; anglais en paraphrase · chabad.org/…/aid/3285931
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 56:4 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · texte hébreu cité ; anglais en paraphrase · chabad.org/…/aid/3285932
rav Yera’hmiel Tilles, « Soul Services: Saying Kaddish », Chabad.org · anglais cité (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/380641
Pourquoi l’araméen ? La langue que tous comprenaient
La Guemara (Sota 49a) pose une question effrayante : après la destruction, dit Rava, la malédiction de chaque jour est plus grande que celle de la veille ; sur quoi donc le monde tient-il ? Et elle répond : sur la Kedoucha de la Sidra, et sur le « Yehé chemé rabbo » dit après l’Aggada, après les paroles de Torah enseignées au peuple. Elle cite un verset qui parle d’une terre de ténèbres « sans ordre », et le lit ainsi : là où il y a de l’ordre, là où les Juifs gardent ces « ordres » saints, la lumière jaillit des ténèbres.
Voilà la clé de la langue. Les Tossefot (Berakhot 3a) expliquent que l’on avait l’habitude de dire le Kaddich après la dracha, le cours public, et il y avait là des gens simples qui ne comprenaient pas tous la Langue sainte ; « c’est pourquoi ils l’ont institué dans la langue du Targoum, que tous comprenaient, car c’était leur langue » (traduit de l’hébreu). Les Tossefot rejettent aussi l’idée qu’il serait en araméen pour que les anges ne le comprennent pas.
Le rav Tilles ajoute que l’araméen fut la principale langue parlée de notre peuple depuis la destruction du premier Beth Hamikdach jusqu’après le Talmud, et en tire la leçon : « on voit combien il est important que l’endeuillé comprenne la prière qu’il dit » (traduit de l’anglais). Il rapporte aussi, au nom du Zohar, une raison plus profonde (citée d’après lui) : utiliser une langue de tous les jours pour la sainteté fait partie de l’acte de grandir Son Nom dans le monde.
Voilà pourquoi la grammaire de cette leçon est une grammaire araméenne (§G39 à §G43). Elle est proche de l’hébreu, et un petit effort ouvre chaque mot.
וְאֶלָּא, עָלְמָא אַמַּאי קָא מִקַּיַּים? אַקְּדוּשָּׁה דְסִידְרָא, וְאַ״יְּהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא״ דְּאַגַּדְתָּא,שהיו רגילין לומר קדיש אחר הדרשה ושם היו עמי הארצות ולא היו מבינים כולם לשון הקודשלכך תקנוהו בלשון תרגום שהיו הכל מבינים שזה היה לשונם
Tossefot, Berakhot 3a, « veonin » · texte hébreu via Sefaria ; cité tel qu’imprimé, sans voyelles · sefaria.org/Tosafot_on_Berakhot.3a
rav Yera’hmiel Tilles, « Soul Services: Saying Kaddish », Chabad.org · anglais cité (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/380641
« De toute sa force »
La Guemara (Chabbat 119b) rapporte un enseignement de Rabbi Yehochoua ben Lévi : « quiconque répond Amen, yehé chemé rabbo mevora’h de toute sa force, on déchire son jugement » (traduit de l’hébreu). Et Rabbi ’Hanina explique le mot Amen lui-même : il signifie אֵל מֶלֶךְ נֶאֱמָן, Kel Mélekh Neèmane, « Hachem, Roi fidèle ».
L’Admour Hazaken l’inscrit dans son Choul’han Aroukh avec une grande force. La sainteté du Kaddich est plus grande que toutes les autres saintetés, et il y a plus de mitsva à répondre au Kaddich qu’à répondre à la Kedoucha (56:1). On doit bien se concentrer sur « Amen, yehé chemé rabbo », car quiconque y répond de toute la force de sa concentration, on déchire un jugement de soixante-dix ans ; et l’on doit répondre à voix haute, « car cette voix brise tous les accusateurs » ; mais pas avec de grands cris qui feraient rire les gens (56:2).
« De toute sa force » est expliqué dans le HaYom Yom, comme nous le verrons dans la partie suivante : non pas le volume, mais être tout entier plongé dans les mots.
כׇּל הָעוֹנֶה ״אָמֵן יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא מְבָרַךְ״ בְּכׇל כֹּחוֹ, קוֹרְעִין לוֹ גְּזַר דִּינוֹ,מַאי ״אָמֵן״? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: ״אֵל מֶלֶךְ נֶאֱמָן״.שֶׁקְּדֻשַּׁת הַקַּדִּישׁ גְּדוֹלָה מִכָּל הַקְּדֻשּׁוֹתקוֹרְעִין לוֹ גְּזַר דִּינוֹ שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה.שֶׁקּוֹל זֶה שׁוֹבֵר כָּל הַמְקַטְרְגִים
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 56:1–2 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · texte hébreu cité ; anglais en paraphrase · chabad.org/…/aid/3285932
Sept fois par jour : les sortes de Kaddich
L’Admour Hazaken (55:1) écrit que le Kaddich se dit partout où il y a une pause dans l’ordre de la prière, et pas moins de sept Kaddichs par jour, d’après le verset « Sept fois par jour je Te loue » (Tehilim 119:164). Il les énumère : après Pessouké dezimra, après le Chemoné Esré, après Ouva Letsione, après Achrei à Min’ha, après le Chemoné Esré de Min’ha, après les bénédictions du Chema du soir, et après Arvit. Il ajoute que chacun doit veiller à répondre à au moins dix Kaddichs chaque jour.
Le rav Dovid Zaklikowski, sur Chabad.org, décrit quatre sortes dans nos prières quotidiennes :
- le ’Hatsi Kaddich, le demi-Kaddich, dit par le ’hazane entre les parties de la prière ;
- le Kaddich Chalem, le Kaddich complet, appelé aussi Kaddich Tiskabel, dit après la Amida, avec une ligne de plus demandant que nos prières soient acceptées ;
- le Kaddich Yassom, le Kaddich de l’endeuillé, le Kaddich complet sans la ligne sur l’acceptation des prières, dit après des parties séparées comme le Psaume du jour ;
- le Kaddich deRabbanan, le Kaddich des Sages, dit après l’étude de paroles des Sages, avec le paragraphe ajouté Al Yisroël.
Il signale un cinquième Kaddich, dit après un enterrement. L’Admour Hazaken explique pourquoi le Kaddich complet attend la fin de Ouva Letsione : il revient sur le Chemoné Esré, « car il dit : “Que soient acceptées les prières” » (55:4, traduit de l’hébreu). Et le commentaire de notre siddour note que le premier Kaddich de la journée est le Kaddich deRabbanan avant Hodou, une prière pour tout le peuple juif, dans l’esprit de l’amour de chaque Juif avant de prier.
וְהֵם לֹא פָּחוֹת מִז' קַדִּישִׁים בְּכָל יוֹם, עַל שֵׁםוְרָאוּי לְכָל אָדָם לִזָּהֵר שֶׁלֹּא לִפְחֹת מִלַּעֲנוֹת י' קַדִּישִׁים בְּכָל יוֹםוְאוֹתוֹ קַדִּישׁ שָׁלֵם חוֹזֵר עַל תְּפִלַּת י"ח, שֶׁהֲרֵי אוֹמֵר "תִּתְקַבֵּל צְלוֹתְהוֹן וְכו'".
Tehilim 119:164 · texte hébreu via Sefaria ; comparé · sefaria.org/Psalms.119.164
Dovid Zaklikowski, « What Are the Different Kaddish Prayers? », Chabad.org · anglais cité et en paraphrase (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/1835997
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Kaddish DeRabbanan · commentaire sur יִתְגַּדַּל (le premier Kaddich de la journée) ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2353408

Le Kaddich de l’endeuillé : pas une prière pour les morts
Beaucoup pensent que le Kaddich est une prière pour les morts. Le rav Tilles écrit : « bien qu’il soit chanté par les endeuillés, ce n’est pas une prière pour les morts. Exactement le contraire » (traduit de l’anglais). Il n’y a pas un mot sur la mort. Ce n’est que louange d’Hachem et désir de la perfection de Son monde.
Pourquoi alors les endeuillés le disent-ils ? Il donne deux raisons : c’est un honneur pour l’âme que son « représentant » se lève et sanctifie le Nom d’Hachem ; et surtout c’est un grand mérite et une aide pour l’âme. Le rav Zaklikowski écrit que la sanctification du Nom d’Hachem par l’enfant du défunt « apporte une grande satisfaction et une élévation à l’âme » (traduit de l’anglais). Et le rav Cholom Ber Hecht (Sichos in English) note une chose très belle : « Nous disons le même Kaddich pour un Tsaddik … et nous récitons le même Kaddich pour nos chers disparus » (traduit de l’anglais). Les mêmes mots élèvent chaque âme.
On raconte, et le rav Tilles le rapporte, que Rabbi Akiva rencontra l’âme d’un homme mort qui souffrait ; seulement si son fils disait Barekhou et le Kaddich, il pourrait être libéré. Rabbi Akiva trouva l’enfant, l’instruisit, et quand l’enfant dit le Kaddich à la synagogue, son père fut libéré. (Je le rapporte tel que le rav Tilles le raconte.)
Et il y a plus grand encore que le Kaddich. Le rav Tilles écrit : « Quand les enfants mènent une bonne vie juive, pleine de mitsvot et d’étude de la Torah, c’est encore plus méritoire pour l’âme des parents que de dire le Kaddich » (traduit de l’anglais). Et il termine par le verset : « que les vivants le prennent à cœur ».
Qui dit le Kaddich, pour qui, combien de temps, et que faire quand il y a plusieurs endeuillés, sont des questions de halakha pratique et de coutume ; demandez à votre rav.
Dovid Zaklikowski, « What Are the Different Kaddish Prayers? », Chabad.org · anglais cité et en paraphrase (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/1835997
rav Cholom Ber Hecht (Sichos in English), « Kaddish Is a Ladder », Chabad.org · anglais cité et en paraphrase (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/282568
Comment l’Admour Hazaken nous demande de répondre
L’Admour Hazaken entoure la réponse du Kaddich d’un grand soin (chapitre 56). Voici ce qu’il écrit, pour l’étude ; la pratique elle-même, comme toujours, avec votre rav.
- Une seule phrase. « Yehé chemé rabbo mevora’h le’olam oule’olmé olmayo » est le Targoum de « Que Son grand Nom soit béni pour toujours et à jamais » ; c’est pourquoi on ne s’arrête pas entre « yehé chemé rabbo » et « mevora’h », pour ne pas couper une phrase au milieu (56:3).
- Chaque voyelle compte. On dit מְבָרַךְ avec un pata’h sous le ר, qui veut dire « béni » ; avec un tséré, cela voudrait dire qu’Il bénit les autres. Et לְעָלַם avec un kamats sous le ע, et וּלְעָלְמֵי avec un ו (56:3). C’est expliqué dans la partie grammaire (§G43).
- Beri’h hou. « Dekoudcho beri’h hou » est le Targoum de « le Saint, béni soit-Il » ; dans nos pays, on ne s’arrête pas entre « beri’h hou » et « lé’éllo mine kol birkhosso » (56:6).
- Ne pas parler. On trouva un jour Éliyahou avec quatre mille chameaux chargés de colère contre ceux qui parlent entre « Amen yehé chemé rabbo » et « yisborèkh » (56:7).
- S’incliner, et trois pas. Le ’hazane s’incline cinq fois dans le Kaddich : à Yisgadal, à Yehé chemé rabbo, à Yisborèkh, à Beri’h hou, et à Amen ; et après le Kaddich, il fait trois pas en arrière avant Ossè chalom, comme à la fin du Chemoné Esré (56:8).
“יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא מְבָרַךְ לְעָלַם וּלְעָלְמֵי עָלְמַיָּא” הוּא תִּרְגּוּם שֶׁל “יְהִי שְׁמוֹ הַגָּדוֹל מְבֹרָךְ לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים”
“מְבָרַךְ” הַב’ בְּקָמַ”ץ וְהָרי”ש בְּפַתָּ”ח, שֶׁאָז פֵּרוּשׁוֹ כְּמוֹ “מְבֹרָךְ”, שֶׁאִם יֹאמַר רי”ש בְּצֵירֵ”י יִהְיֶה פֵּרוּשׁוֹ שֶׁיְּבָרֵךְ לַאֲחֵרִים.
וְהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּאפַּעַם אַחַת מָצְאוּ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְעִמּוֹ ד' אֲלָפִים גְּמַלִּים טְעוּנִיםנּוֹהֲגִין שֶׁהַשְּׁלִיחַ צִּבּוּר כּוֹרֵעַ ה' כְּרִיעוֹת בַּקַּדִּישׁ: בְּ"יִתְגַּדַּל", וּבְ"יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא", וּבְ"יִתְבָּרֵךְ", וּבְ"בְּרִיךְ הוּא", וּבְאָמֵן.
« Dans le monde qu’Il a créé selon Sa volonté »
Pourquoi, parmi toutes les prières, est-ce le Kaddich que dit l’endeuillé ? Le commentaire de notre siddour répond d’après les lettres du Rabbi, et la réponse est dans la deuxième ligne : בְּעָלְמָא דִּי בְרָא כִרְעוּתֵהּ, « dans le monde qu’Il a créé selon Sa volonté ».
« Quand une personne quitte ce monde, ses proches demandent “Pourquoi ?”, et aucune réponse ne satisfait vraiment. Cette prière souligne donc que toute existence est créée et dirigée à tout instant par la volonté de D.ieu. De même qu’Il est infini et insondable, ainsi en est-il de Sa volonté. Avec cette conscience, nous pouvons accepter des événements comme la perte d’un être cher, que nous ne pouvons expliquer par la raison et qui seraient autrement très difficiles à supporter » (traduit de l’anglais).
Dans la note hébraïque, les mots du Rabbi sont plus tendres encore. Ce sont précisément les plus proches du défunt qui doivent faire l’effort qu’en lien avec le départ soit dit « Que Son grand Nom soit grandi et sanctifié », non seulement dans les cieux, mais « dans le monde qu’Il a créé selon Sa volonté ». C’est un mérite pour l’âme et une consolation pour les endeuillés. Et le Rabbi explique : le monde et sa conduite sont « selon Sa volonté », la volonté du Créateur du monde, et il n’est pas étonnant que l’esprit de l’homme, qui est limité en tout point, ne saisisse pas la Volonté suprême.
Le Rabbi ne demande pas à l’endeuillé de comprendre. Il lui demande de se lever, dans ce monde, à l’endroit même où cela fait mal, et de dire que ce monde aussi est à Lui.
דוקא הקרובים שלו עליהם להשתדל שיאמר בקשר עם הפטירה יתגדל ויתקדש שמיה רבא (ולא רק בשמים ממעל, כי אם) בעלמא דברא כרעותיהזכות להנשמה ונחום לאבליושהעולם והנהגתו הרי הוא כרעותי', רצונו של בורא העולם, והרי אין כל פלא אם שכל האדם שמוגבל הוא בתכלית, אין לו השגה ברצון העליון
le Rabbi, Iguerot Kodech, vol. 20, lettre 7605 · cité d’après une note hébraïque du commentaire ; cité tel qu’imprimé, sans voyelles
« Voyez la force d’un Juif »
Le commentaire rapporte une si’ha du Rabbi (Séfer HaSi’hot 5748, cité d’après le commentaire) : « Voyez la force d’un Juif : le Kaddich est récité par tous les Juifs, et son effet est accompli par tous. Chaque Juif fait que le “grand Nom” de D.ieu soit grandi et sanctifié dans tout l’univers spirituel. Car la récitation du Kaddich n’est pas seulement une prière : c’est la description de ce qui se passe dans les mondes spirituels » (traduit de l’anglais).
Pensez à un endeuillé qui se sent petit et brisé. Il se tient à la synagogue, la voix peut-être tremblante, et dit Yisgadal. Le Rabbi lui dit : en ce moment, tu ne demandes pas une chose lointaine ; tu la réalises. Son grand Nom est grandi, par toi.
Un seul Amen, dit de tout son être
Le HaYom Yom (17 Adar I) raconte que bien des années avant son emprisonnement à Pétersbourg, l’Admour Hazaken sortit un jour de sa chambre vers les ’hassidim et dit : « Au Gan Éden, on ressent la valeur de ce monde d’en bas. Non seulement les anges servants, mais même les premières Émanations renonceraient à tout pour un seul amen yehé chemé rabbo dit par un Juif “de toute sa force”, c’est-à-dire avec une concentration entière, tout plongé et pris dans ces mots » (traduit de l’anglais).
Ce fut tout ce qu’il dit. Et le HaYom Yom termine : il alluma une telle flamme chez tous ceux qui l’entendirent « que, pendant une année entière, leur amen yehé chemé rabbo fut de feu » (traduit de l’anglais).
Voilà le sens de « de toute sa force » dans la Guemara et le Choul’han Aroukh : non pas crier, mais être tout entier à l’intérieur de ces quelques mots.
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Kaddish DeRabbanan · commentaire sur אָמֵן יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2353408
Chaque Amen est une fenêtre
Le commentaire rapporte un enseignement du Séfer HaSi’hot 5702 (cité d’après le commentaire) : « Jusqu’au Baal Chem Tov, le monde était plongé dans l’obscurité. Certes, les érudits en Torah avaient de la lumière, mais le peuple juif dans son ensemble marchait dans le noir. Le Baal Chem Tov se mit à faire des fenêtres qui laissaient entrer la lumière. Il montra que chaque Amen est une fenêtre ; chaque Amen yehé chemé rabbo est une fenêtre ; et chaque Baroukh Hou ouvaroukh Chemo est une fenêtre. Avec ces fenêtres, tous les Juifs commencèrent à éclairer leur entourage » (traduit de l’anglais).
Et un autre enseignement (Séfer HaSi’hot 5704, cité d’après le commentaire) : le mot אַשְׁרֵי, « heureux », se lit comme les initiales de « Amen, Yehé Chemé Rabbo ». La joie d’être juif est la même chez chaque Juif, « car cette réponse est dite par tous également » (traduit de l’anglais). Un grand érudit et un Juif simple répondent le même Amen, et chacun ouvre la même fenêtre.

« Son grand Nom » : deux lectures, toutes deux vraies
Que bénissons-nous au juste quand nous disons « yehé chemé rabbo mevora’h » ? Les Tossefot (Berakhot 3a) rapportent deux lectures. L’une lit שְׁמֵהּ comme « Son Nom », et toute la ligne comme une seule prière : que Son grand Nom soit béni. L’autre, rapportée du Ma’hzor Vitry, coupe le mot, comme s’il disait « le Nom de yod-hé », les deux premières lettres du Nom Havayah, et lit la ligne comme une prière pour que le Nom devienne grand et entier. Les Tossefot préfèrent la première.
Le commentaire de notre siddour, d’après le Likouté Torah, le Yahel Or et le Torat Chmouel, explique les deux dans la langue de la ’Hassidout. « Bénir » veut dire faire descendre.
- Première lecture. Le Nom n’est pas entier : les lettres supérieures, yod et hé, sont séparées des lettres inférieures, vav et hé. Le Tséma’h Tsédek écrit dans le Yahel Or : « depuis que le Beth Hamikdach a été détruit, le Nom n’est pas entier » (traduit de l’hébreu). Nous demandons que le supérieur soit attiré dans l’inférieur.
- Seconde lecture. « Son grand Nom » est la lumière qui entoure et dépasse tous les mondes, sovev kol almine ; le Likouté Torah écrit que « chemé rabbo » est ce niveau, « qui est appelé Son grand Nom » (traduit de l’hébreu). Nous demandons qu’elle soit attirée « le’olam oule’olmé olmayo », dans les mondes, niveau après niveau.
Et le Likouté Torah conclut : « les deux intentions sont vraies » (traduit de l’hébreu). Le commentaire ajoute que c’est le sens du hochement de tête de Berakhot 3a : le Saint « hoche la tête », faisant descendre du plus haut.
Pour un endeuillé, ce n’est pas abstrait. Le Nom n’est pas entier en exil, et son propre cœur ne l’est pas non plus. Chaque Amen fait descendre la lumière d’en haut dans l’endroit brisé.
שמשחרב בהמ"ק אין השם שלםכי פי' שמיה רבא היינו בחי' סוכ"ע שזהו הנק' שמו הגדולושתי הכוונות אמת
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Kaddish DeRabbanan · commentaire sur אָמֵן יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא ; paraphrase · chabad.org/torah-texts/2353408
Likouté Torah, Reé 18d, et ’Houkat 65c ; Yahel Or, p. 508 · cité d’après une note hébraïque du commentaire ; cité tel qu’imprimé, sans voyelles
Amen : quatre-vingt-onze
Le mot אָמֵן a la valeur numérique 91 (א 1, מ 40, ן 50). Le commentaire, d’après le Séfer HaSi’hot 5748 (cité d’après le commentaire), note que c’est la somme des Noms Havayah (26) et Ado-noï (65) : la divinité au-dessus du monde unie à la divinité qui donne vie au monde. L’unité d’Hachem est attirée dans un lieu où elle ne se voit pas d’elle-même, et se révèle par la kabbalat ol, l’acceptation du joug du Ciel.
Et d’après le Séfer HaSi’hot 5750 (cité d’après le commentaire) : Amen est aussi formé des initiales de אֵל מֶלֶךְ נֶאֱמָן, Kel Mélekh Neèmane, « Hachem, Roi fidèle », comme l’enseigne Rabbi ’Hanina dans Chabbat 119b. Le Roi est « fidèle » : Il ne change pas avec les changements du temps.
Voilà ce que dit l’endeuillé chaque fois qu’il répond Amen : j’accepte, même là où je ne vois pas.
מַאי ״אָמֵן״? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: ״אֵל מֶלֶךְ נֶאֱמָן״.
Talmud, Chabbat 119b · texte de la Guemara via Sefaria ; cité · sefaria.org/Shabbat.119b
Une échelle, et des piliers entre les mondes
Le commentaire de notre siddour explique la place du Kaddich dans toute la prière par l’échelle de Yaakov. La prière monte quatre échelons, à travers les mondes d’Assiya, Yetsira, Beria et Atsilout, puis la lumière redescend. Entre un monde et le suivant se tient un amoud, un pilier, qui les sépare et les relie ; « ce pilier est le Kaddich », écrit le Rabbi Rayats dans une lettre citée dans la note hébraïque, « et le premier pilier est le Kaddich deRabbanan avant Hodou » (traduit de l’hébreu). Le rav Hecht, d’après les enseignements de l’Arizal, décrit la même chose : les marches du Kaddich permettent de monter jusqu’au monde le plus haut, puis de faire descendre la révélation d’en haut dans le monde.
Dans la même lettre, le Rabbi Rayats se tourne vers les âmes. La grande élévation des âmes qui ont quitté ce monde vient « par la prière de leurs enfants et descendants, ou de leurs amis et compagnons, qui s’occupent de mitsvot et d’étude de la Torah pour elles » (traduit de l’hébreu). Il lit le verset « et des saints Te louent chaque jour » comme parlant de ces âmes, les saints qui étaient dans un corps et sont montés. Et à cause de cela, écrit-il, les âmes des pères et des pères des pères éveillent la miséricorde pour leurs descendants.
L’échelle va donc dans les deux sens. Le Kaddich de l’enfant élève le parent ; et le parent, d’en haut, demande miséricorde pour l’enfant.
ועמוד זה הוא הקדיש ועמוד הראשון הוא הקדיש דרבנן שקודם הודואשר גודל עלייתם הוא ע"י תפלת בניהם ויוצאי חלציהם או רעיו וידידיו העוסקים במצות ותלמוד תורה בשבילםוזהו וקדושים בכל יום יהללוך סלה דקדושים הם הנשמות שהיו בגוף ונסתלקו ועלו למעלהואשר בגלל זאת הנה נשמות אבותיהם ואבות אבותיהם מעוררים רחמים בעד יוצאי חלציהם
le Rabbi Rayats, Iguerot Kodech, vol. 3, p. 141 et suiv. · cité d’après une note hébraïque du commentaire ; cité tel qu’imprimé, sans voyelles
rav Cholom Ber Hecht (Sichos in English), « Kaddish Is a Ladder », Chabad.org · anglais cité et en paraphrase (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/282568

La louange au moment le plus sombre
Mettons côte à côte les pièces de cette leçon. La réponse du Kaddich se fait entendre d’abord dans une ruine de Jérusalem, et la voix même d’Hachem y est une voix de deuil : « Malheur, J’ai exilé Mes enfants. » Pourtant, quand Ses enfants répondent « Que Son grand Nom soit béni », Il hoche la tête. Sota 49a dit que le monde entier tient sur cette réponse, et que là où les Juifs gardent leur ordre saint, la lumière jaillit des ténèbres.
La lettre du Rabbi ramène cela à une seule personne. On demande aux plus proches du défunt de dire Yisgadal, non seulement dans les cieux, mais « dans le monde qu’Il a créé selon Sa volonté », dans ce monde, là où la perte a eu lieu. Non parce qu’ils comprennent, car l’esprit humain est limité et ne saisit pas la Volonté suprême, mais parce qu’ils ont confiance. Le commentaire le dit ainsi :
« Quand une personne quitte ce monde, ses proches demandent “Pourquoi ?”, et aucune réponse ne satisfait vraiment. Cette prière souligne donc que toute existence est créée et dirigée à tout instant par la volonté de D.ieu. » (traduit de l’anglais)
— Siddur Illuminated by Chassidus (Sichos in English), commentaire sur « dans le monde qu’Il a créé selon Sa volonté », d’après les Iguerot Kodech du Rabbi
Talmud, Sota 49a · texte de la Guemara via Sefaria ; cité · sefaria.org/Sotah.49a
Chabad.org, Online Siddur with Commentary (Siddur Illuminated by Chassidus, Sichos in English) : Kaddish DeRabbanan · commentaire sur בְּעָלְמָא דִּי בְרָא כִרְעוּתֵהּ ; anglais cité (traduit de l’anglais) · chabad.org/torah-texts/2353408
le Rabbi, Iguerot Kodech, vol. 20, lettre 7605 · cité d’après une note hébraïque du commentaire ; cité tel qu’imprimé, sans voyelles
Des liens que je propose
Ce sont mes propres pensées, écrites en pensant à chaque endeuillé, et aux yahrzeits que chacun de nous porte.
Pas un mot sur la mort. L’endeuillé pourrait s’attendre à parler de sa perte. Au lieu de cela, le Kaddich lui donne des mots de louange, et le tourne vers l’avenir : la délivrance, Machia’h, « de votre vivant et en vos jours ». La douleur n’est pas niée ; elle est élevée vers quelque chose de plus grand.
Jamais seul. Le Kaddich demande dix, et ils doivent répondre. La voix de l’endeuillé est portée par la voix des autres. C’est peut-être une part de la consolation : la communauté répond avec lui « Amen, yehé chemé rabbo », et sa louange devient la leur.
Ce qui reste. L’Admour Hazaken écrit dans l’Iguéret HaKodech 27 que la vie d’un tsaddik n’est pas une vie de chair mais une vie spirituelle de foi, de crainte et d’amour, et qu’il la laisse à ceux qui lui sont liés. Il parle d’un tsaddik ; je pense pourtant que chaque parent qui a appris à son enfant à dire Amen a laissé quelque chose de cet ordre. Quand l’enfant dit le Kaddich de tout son être, et vit la Torah qu’il a reçue, cette vie continue.
Premières lueurs. Le Kaddich se termine par la paix : « Celui qui fait la paix dans Ses hauteurs, qu’Il fasse la paix sur nous. » Après une nuit de deuil, le matin vient quand même.
rav Yera’hmiel Tilles, « Soul Services: Saying Kaddish », Chabad.org · anglais cité (traduit de l’anglais) · chabad.org/…/aid/380641
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 55:2 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285931
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 56:2, 3, 7 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285932
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 56:8 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285932
Choul’han Aroukh HaRav, Ora’h ’Haïm 55:4 (trad. anglaise du rav Eliyahou Touger et d’Ouri Kaploun, Sichos in English) · paraphrase · chabad.org/…/aid/3285931
Le Kaddich, ligne par ligne
| Hébreu | Translittération | Sens |
|---|---|---|
| יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שְׁמֵהּ רַבָּא. | Yisgadal veyiskadach chemé rabbo. | Que Son grand Nom soit grandi et sanctifié |
| בְּעָלְמָא דִּי בְרָא כִרְעוּתֵהּ וְיַמְלִיךְ מַלְכוּתֵהּ, וְיַצְמַח פּוּרְקָנֵהּ וִיקָרֵב מְשִׁיחֵהּ. | Be’olmo di vero khir’oussé, veyamli’h mal’houssé, veyatsma’h pourkoné vikorév mechi’hé. | dans le monde qu’Il a créé selon Sa volonté. Qu’Il établisse Sa royauté, fasse germer Sa délivrance et rapproche Son Machia’h, |
| בְּחַיֵּיכוֹן וּבְיוֹמֵיכוֹן וּבְחַיֵּי דְכָל בֵּית יִשְׂרָאֵל, בַּעֲגָלָא וּבִזְמַן קָרִיב וְאִמְרוּ אָמֵן: | Be’hayékhone ouveyomékhone ouve’hayé dekhol béss Yisroël, ba’agolo ouvizmane koriv, ve’imrou omène. | de votre vivant et en vos jours, et du vivant de toute la maison d’Israël, vite et bientôt ; et dites : Amen. |
| יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא מְבָרַךְ לְעָלַם וּלְעָלְמֵי עָלְמַיָּא. | Yehé chemé rabbo mevora’h le’olam oule’olmé olmayo. | Que Son grand Nom soit béni pour toujours et pour l’éternité des éternités. |
| יִתְבָּרֵךְ, וְיִשְׁתַּבַּח, וְיִתְפָּאֵר, וְיִתְרוֹמָם, וְיִתְנַשֵּׂא, וְיִתְהַדָּר, וְיִתְעַלֶּה, וְיִתְהַלָּל, שְׁמֵהּ דְּקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא. | Yisborèkh, veyichtaba’h, veyispoèr, veyisromam, veyisnassé, veyis’hadar, veyis’allè, veyis’halal, chemé dekoudcho beri’h hou. | Que soit béni, loué, glorifié, exalté, élevé, honoré, haussé et célébré le Nom du Saint, béni soit-Il, |
| לְעֵֽלָּא מִן כָּל בִּרְכָתָא וְשִׁירָתָא, תֻּשְׁבְּחָתָא וְנֶחֱמָתָא, דַּאֲמִירָן בְּעָלְמָא, וְאִמְרוּ אָמֵן: | Lé’éllo mine kol birkhosso vechirosso, touchbe’hosso vené’hémosso, da’amirone be’olmo, ve’imrou omène. | au-dessus de toutes les bénédictions et de tous les chants, louanges et consolations qui sont dits dans le monde ; et dites : Amen. |
| אָמֵן, יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא מְבָרַךְ לְעָלַם וּלְעָלְמֵי עָלְמַיָּא. יִתְבָּרֵךְ | Omène, yehé chemé rabbo mevora’h le’olam oule’olmé olmayo. Yisborèkh. | Amen. Que Son grand Nom soit béni pour toujours et pour l’éternité des éternités. Que soit béni … |
| יְהֵא שְׁלָמָא רַבָּא מִן שְׁמַיָּא וְחַיִּים טוֹבִים עָלֵֽינוּ וְעַל כָּל יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן: | Yehé chelomo rabbo mine chemayo ve’hayim tovim olénou ve’al kol Yisroël, ve’imrou omène. | Qu’il y ait une paix abondante venant du Ciel, et une bonne vie, pour nous et pour tout Israël ; et dites : Amen. |
| עֹשֶׂה (הַשָּׁלוֹם) שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו, הוּא יַעֲשֶׂה שָׁלוֹם עָלֵֽינוּ וְעַל כָּל יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן: | Ossè (hacholom) cholom bimromov, hou ya’assè cholom olénou ve’al kol Yisroël, ve’imrou omène. | Celui qui fait la paix (« la paix ») dans Ses hauteurs, qu’Il fasse la paix pour nous et pour tout Israël ; et dites : Amen. |
| עַל יִשְׂרָאֵל וְעַל רַבָּנָן, וְעַל תַּלְמִידֵיהוֹן וְעַל כָּל תַּלְמִידֵי תַלְמִידֵיהוֹן, וְעַל כָּל מָאן דְּעָסְקִין בְּאוֹרַיְתָא, דִּי בְאַתְרָא הָדֵין וְדִי בְכָל אֲתַר וַאֲתַר, יְהֵא לְהוֹן וּלְכוֹן שְׁלָמָא רַבָּא חִנָּא וְחִסְדָּא וְרַחֲמִין וְחַיִּין אֲרִיכִין וּמְזוֹנָא רְוִיחָא וּפוּרְקָנָא מִן קֳדָם אֲבוּהוֹן דְּבִשְׁמַיָּא וְאִמְרוּ אָמֵן: | Al Yisroël ve’al rabonone, ve’al talmidéhone ve’al kol talmidé salmidéhone, ve’al kol mone de’oskine be’oraysso, di ve’assro hodéne vedi vekhol assar va’assar, yehé lehone oulekhone chelomo rabbo, ’hinno ve’hisdo vera’hamine, ve’hayine ari’hine, oumezono revi’ho, oufourkono mine kodom avouhone devichmayo, ve’imrou omène. | Sur Israël et sur nos Sages, sur leurs élèves et sur tous les élèves de leurs élèves, et sur tous ceux qui s’occupent de la Torah, ici en ce lieu et en tout lieu : qu’ils aient, et vous aussi, une paix abondante, grâce, bonté et miséricorde, longue vie, subsistance large et délivrance, de devant leur Père qui est au Ciel ; et dites : Amen. |
J’ai vérifié chaque ligne, lettre par lettre, sur trois pages du siddour de Chabad.org : ’Hatsi Kaddich, le Kaddich de l’endeuillé et le Kaddich deRabbanan ; les six premières lignes sont identiques sur les trois, et la fin est identique dans le Kaddich de l’endeuillé et dans le Kaddich deRabbanan. Notez le noussa’h ’Habad, « veyatsma’h pourkoné vikorév mechi’hé », et l’orthographe שְׁמֵהּ avec un point dans le ה et sans yod. Un article général de Chabad.org avec le Kaddich de l’endeuillé imprime quelques petites différences : שְׁמֵיהּ avec un yod, פּוּרְקָנֵה sans le point, דְּקֻדְשָׁא avec un koubouts, נֶחָמָתָא, et « yisborakh » dans la réponse. Je suis le siddour. Cet article explique aussi que le mot entre parenthèses, הַשָּׁלוֹם, est pour les Dix jours de Techouva.
Chabad.org, « Mourner’s Kaddish in Hebrew & English », Chabad.org · comparé lettre par lettre · chabad.org/…/aid/371110
« Que Son grand Nom soit grandi … »
Les deux premières lignes : deux verbes en yis-, « Son grand Nom », et trois souhaits pour la délivrance. Remarquez combien de mots se terminent par ־ֵהּ, « Son, Sa » : Son Nom, Sa volonté, Sa royauté, Sa délivrance, Son Machia’h (§G41).
יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שְׁמֵהּ רַבָּא.בְּעָלְמָא דִּי בְרָא כִרְעוּתֵהּ וְיַמְלִיךְ מַלְכוּתֵהּ, וְיַצְמַח פּוּרְקָנֵהּ וִיקָרֵב מְשִׁיחֵהּ.
| יִתְגַּדַּל | = | גַּדַּל | + | יִתְ |
| yisgadal qu’il soit grandi | grand | que soit … (hitpa’el) |
| וְיִתְקַדַּשׁ | = | קַדַּשׁ | + | יִתְ | + | וְ |
| veyiskadach et sanctifié | saint | que soit … (hitpa’el) | et |
| שְׁמֵהּ | = | ◌הּ | + | שְׁמֵ |
| chemé Son Nom | Son, Sa | choum, nom |
| רַבָּא | = | ◌א | + | רַבָּ |
| rabbo le grand | le, la (araméen) | grand |
| בְּעָלְמָא | = | ◌א | + | עָלְמָ | + | בְּ |
| be’olmo dans le monde | le, la (araméen) | olam, monde | dans, en |
| דִּי | = | דִּי |
| di que, qui | que, qui |
| בְרָא | = | בְרָא |
| vero Il a créé | créer |
| כִרְעוּתֵהּ | = | ◌הּ | + | רְעוּתֵ | + | כִ |
| khir’oussé selon Sa volonté | Son, Sa | re’out, volonté | comme, selon |
| וְיַמְלִיךְ | = | מְלִיךְ | + | יַ | + | וְ |
| veyamli’h et qu’Il établisse (Sa royauté) | faire roi | que … (futur) | et |
| מַלְכוּתֵהּ | = | ◌הּ | + | מַלְכוּתֵ |
| mal’houssé Sa royauté | Son, Sa | mal’hout, royauté |
| וְיַצְמַח | = | צְמַח | + | יַ | + | וְ |
| veyatsma’h et qu’Il fasse germer | germer | que … (futur) | et |
| פּוּרְקָנֵהּ | = | ◌הּ | + | פּוּרְקָנֵ |
| pourkoné Sa délivrance | Son, Sa | pourkane, délivrance |
| וִיקָרֵב | = | קָרֵב | + | י | + | וִ |
| vikorév et qu’Il rapproche | proche | que … (futur) | et |
| מְשִׁיחֵהּ | = | ◌הּ | + | מְשִׁיחֵ |
| mechi’hé Son Machia’h | Son, Sa | machia’h, oint |
« De votre vivant … », et la grande réponse
Maintenant « votre » : le Kaddich parle aux gens qui se tiennent devant lui (§G41). Puis la réponse, sept mots qui sont le Targoum de « Que Son grand Nom soit béni pour toujours et à jamais » (56:3).
בְּחַיֵּיכוֹן וּבְיוֹמֵיכוֹן וּבְחַיֵּי דְכָל בֵּית יִשְׂרָאֵל, בַּעֲגָלָא וּבִזְמַן קָרִיב וְאִמְרוּ אָמֵן:יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא מְבָרַךְ לְעָלַם וּלְעָלְמֵי עָלְמַיָּא.
| בְּחַיֵּיכוֹן | = | ◌כוֹן | + | חַיֵּי | + | בְּ |
| be’hayékhone de votre vivant | votre, vos | ’hayé, vie de | dans, en |
| וּבְיוֹמֵיכוֹן | = | ◌כוֹן | + | יוֹמֵי | + | בְ | + | וּ |
| ouveyomékhone et en vos jours | votre, vos | yomé, jours de | dans, en | et |
| וּבְחַיֵּי | = | חַיֵּי | + | בְ | + | וּ |
| ouve’hayé et du vivant de | ’hayé, vie de | dans, en | et |
| דְכָל | = | כָל | + | דְ |
| dekhol de toute | tout | de, que (ד araméen) |
| בַּעֲגָלָא | = | ◌א | + | עֲגָלָ | + | בַּ |
| ba’agolo vite | le, la (araméen) | agal, rapidité | dans, en |
| וּבִזְמַן | = | זְמַן | + | בִ | + | וּ |
| ouvizmane et en un temps | temps | dans, en | et |
| קָרִיב | = | קָרִיב |
| koriv proche, bientôt | proche |
| וְאִמְרוּ | = | ◌וּ | + | אִמְר | + | וְ |
| ve’imrou et dites ! | (vous tous) | dire | et |
| אָמֵן | = | אָמֵן |
| omène Amen | vrai, fidèle |
| יְהֵא | = | הֵא | + | יְ |
| yehé qu’il soit | être | que … (futur) |
| מְבָרַךְ | = | בָרַךְ | + | מְ |
| mevora’h béni | bénir | (participe) |
| לְעָלַם | = | עָלַם | + | לְ |
| le’olam pour toujours | olam, éternité | à, pour |
| וּלְעָלְמֵי | = | ◌י | + | עָלְמֵ | + | לְ | + | וּ |
| oule’olmé et pour les éternités de | (pluriel, « de ») | olam, monde | à, pour | et |
| עָלְמַיָּא | = | ◌יָּא | + | עָלְמַ |
| olmayo les éternités | les (pluriel) | olam, monde |
Huit louanges, et « au-dessus de tout »
Huit verbes d’une même famille (§G42), puis quatre noms de louange avec le pluriel féminin araméen ־ָתָא (§G40), pour dire qu’Il est au-dessus de tous.
יִתְבָּרֵךְ, וְיִשְׁתַּבַּח, וְיִתְפָּאֵר, וְיִתְרוֹמָם, וְיִתְנַשֵּׂא, וְיִתְהַדָּר, וְיִתְעַלֶּה, וְיִתְהַלָּל, שְׁמֵהּ דְּקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא.לְעֵֽלָּא מִן כָּל בִּרְכָתָא וְשִׁירָתָא, תֻּשְׁבְּחָתָא וְנֶחֱמָתָא, דַּאֲמִירָן בְּעָלְמָא, וְאִמְרוּ אָמֵן:
| יִתְבָּרֵךְ | = | בָּרֵךְ | + | יִתְ |
| yisborèkh qu’il soit béni | bénir | que soit … (hitpa’el) |
| וְיִשְׁתַּבַּח | = | שְׁתַּבַּח | + | יִ | + | וְ |
| veyichtaba’h et loué | louer (avec le ת à l’intérieur) | que … (futur) | et |
| וְיִתְפָּאֵר | = | פָּאֵר | + | יִתְ | + | וְ |
| veyispoèr et glorifié | gloire | que soit … (hitpa’el) | et |
| וְיִתְרוֹמָם | = | רוֹמָם | + | יִתְ | + | וְ |
| veyisromam et exalté | haut | que soit … (hitpa’el) | et |
| וְיִתְנַשֵּׂא | = | נַשֵּׂא | + | יִתְ | + | וְ |
| veyisnassé et élevé | lever | que soit … (hitpa’el) | et |
| וְיִתְהַדָּר | = | הַדָּר | + | יִתְ | + | וְ |
| veyis’hadar et honoré | splendeur | que soit … (hitpa’el) | et |
| וְיִתְעַלֶּה | = | עַלֶּה | + | יִתְ | + | וְ |
| veyis’allè et haussé | monter | que soit … (hitpa’el) | et |
| וְיִתְהַלָּל | = | הַלָּל | + | יִתְ | + | וְ |
| veyis’halal et célébré | louer | que soit … (hitpa’el) | et |
| דְּקוּדְשָׁא | = | ◌א | + | קוּדְשָׁ | + | דְּ |
| dekoudcho du Saint | le, la (araméen) | koudcha, saint | de, que (ד araméen) |
| בְּרִיךְ | = | בְּרִיךְ |
| beri’h béni | béni |
| לְעֵֽלָּא | = | ◌א | + | עֵֽלָּ | + | לְ |
| lé’éllo au-dessus | le, la (araméen) | haut | à, pour |
| מִן | = | מִן |
| mine de, que | de |
| בִּרְכָתָא | = | ◌תָא | + | בִּרְכָ |
| birkhosso les bénédictions | les (féminin) | bénédiction |
| וְשִׁירָתָא | = | ◌תָא | + | שִׁירָ | + | וְ |
| vechirosso et les chants | les (féminin) | chant | et |
| תֻּשְׁבְּחָתָא | = | ◌תָא | + | תֻּשְׁבְּחָ |
| touchbe’hosso les louanges | les (féminin) | louange |
| וְנֶחֱמָתָא | = | ◌תָא | + | נֶחֱמָ | + | וְ |
| vené’hémosso et les consolations | les (féminin) | consoler | et |
| דַּאֲמִירָן | = | ◌ן | + | אֲמִירָ | + | דַּ |
| da’amirone qui sont dites | (féminin pluriel) | dit | de, que (ד araméen) |
La paix
Les deux dernières lignes reviennent vers l’hébreu : « une bonne vie », « sur nous », « Celui qui fait la paix dans Ses hauteurs » (§G39).
יְהֵא שְׁלָמָא רַבָּא מִן שְׁמַיָּא וְחַיִּים טוֹבִים עָלֵֽינוּ וְעַל כָּל יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן:עֹשֶׂה (הַשָּׁלוֹם) שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו, הוּא יַעֲשֶׂה שָׁלוֹם עָלֵֽינוּ וְעַל כָּל יִשְׂרָאֵל, וְאִמְרוּ אָמֵן:
| שְׁלָמָא | = | ◌א | + | שְׁלָמָ |
| chelomo la paix | le, la (araméen) | paix |
| שְׁמַיָּא | = | ◌יָּא | + | שְׁמַ |
| chemayo le Ciel | les (pluriel) | ciel |
| וְחַיִּים | = | ◌ים | + | חַיִּ | + | וְ |
| ve’hayim et la vie | (pluriel) | vie | et |
| טוֹבִים | = | ◌ים | + | טוֹבִ |
| tovim bons | (pluriel) | bon |
| עָלֵֽינוּ | = | ◌ינוּ | + | עָלֵֽ |
| olénou sur nous | nous | sur |
| עֹשֶׂה | = | עֹשֶׂה |
| ossè Celui qui fait | faire |
| שָׁלוֹם | = | שָׁלוֹם |
| cholom paix | paix |
| בִּמְרוֹמָיו | = | ◌יו | + | מְרוֹמָ | + | בִּ |
| bimromov dans Ses hauteurs | Ses | marom, hauteur | dans, en |
| יַעֲשֶׂה | = | עֲשֶׂה | + | יַ |
| ya’assè qu’Il fasse | faire | que … (futur) |
Al Yisroël
Le paragraphe du Kaddich deRabbanan : une longue liste de bénédictions, presque toute en araméen. Les mots déjà vus, comme יְהֵא et שְׁלָמָא, ne sont pas répétés.
עַל יִשְׂרָאֵל וְעַל רַבָּנָן, וְעַל תַּלְמִידֵיהוֹן וְעַל כָּל תַּלְמִידֵי תַלְמִידֵיהוֹן, וְעַל כָּל מָאן דְּעָסְקִין בְּאוֹרַיְתָא, דִּי בְאַתְרָא הָדֵין וְדִי בְכָל אֲתַר וַאֲתַר, יְהֵא לְהוֹן וּלְכוֹן שְׁלָמָא רַבָּא חִנָּא וְחִסְדָּא וְרַחֲמִין וְחַיִּין אֲרִיכִין וּמְזוֹנָא רְוִיחָא וּפוּרְקָנָא מִן קֳדָם אֲבוּהוֹן דְּבִשְׁמַיָּא וְאִמְרוּ אָמֵן:
| רַבָּנָן | = | ◌נָן | + | רַבָּ |
| rabonone nos Sages | (pluriel) | rav, maître |
| תַּלְמִידֵיהוֹן | = | ◌הוֹן | + | תַּלְמִידֵי |
| talmidéhone leurs élèves | leur, leurs | talmidé, élèves de |
| מָאן | = | מָאן |
| mone qui | qui |
| דְּעָסְקִין | = | ◌ין | + | עָסְקִ | + | דְּ |
| de’oskine qui s’occupent | (pluriel) | s’occuper | de, que (ד araméen) |
| בְּאוֹרַיְתָא | = | ◌א | + | אוֹרַיְתָ | + | בְּ |
| be’oraysso de la Torah | le, la (araméen) | Torah | dans, en |
| בְאַתְרָא | = | ◌א | + | אַתְרָ | + | בְ |
| ve’assro en ce lieu | le, la (araméen) | lieu | dans, en |
| הָדֵין | = | הָדֵין |
| hodéne ce | ce |
| לְהוֹן | = | ◌הוֹן | + | לְ |
| lehone à eux | leur, leurs | à, pour |
| וּלְכוֹן | = | ◌כוֹן | + | לְ | + | וּ |
| oulekhone et à vous | votre, vos | à, pour | et |
| חִנָּא | = | ◌א | + | חִנָּ |
| ’hinno la grâce | le, la (araméen) | grâce |
| וְחִסְדָּא | = | ◌א | + | חִסְדָּ | + | וְ |
| ve’hisdo et la bonté | le, la (araméen) | bonté | et |
| וְרַחֲמִין | = | ◌ין | + | רַחֲמִ | + | וְ |
| vera’hamine et la miséricorde | (pluriel) | miséricorde | et |
| וְחַיִּין | = | ◌ין | + | חַיִּ | + | וְ |
| ve’hayine et une vie | (pluriel) | vie | et |
| אֲרִיכִין | = | ◌ין | + | אֲרִיכִ |
| ari’hine longue | (pluriel) | long |
| וּמְזוֹנָא | = | ◌א | + | מְזוֹנָ | + | וּ |
| oumezono et la subsistance | le, la (araméen) | mazone, nourriture | et |
| רְוִיחָא | = | ◌א | + | רְוִיחָ |
| revi’ho large | le, la (araméen) | large |
| וּפוּרְקָנָא | = | ◌א | + | פוּרְקָנָ | + | וּ |
| oufourkono et la délivrance | le, la (araméen) | pourkane, délivrance | et |
| קֳדָם | = | קֳדָם |
| kodom devant | devant |
| אֲבוּהוֹן | = | ◌הוֹן | + | אֲבוּ |
| avouhone leur Père | leur, leurs | av, père |
| דְּבִשְׁמַיָּא | = | ◌יָּא | + | שְׁמַ | + | בִ | + | דְּ |
| devichmayo qui est au Ciel | les (pluriel) | ciel | dans, en | de, que (ד araméen) |
- Leçon 1 §G1 · La racine et le mot en trois parties : la plupart des mots reposent sur une racine de trois lettres ; un mot = préfixe + radical + terminaison
- Leçon 1 §G2 · Les lettres cachées de la racine : le youd, le vav et le hé peuvent changer de forme ou tomber ; un daguech peut marquer une lettre fondue
- Leçon 1 §G3 · Les préfixes d’une lettre : ve- et, be- dans/avec, le- à, mi- de, ché- que : écrits collés au mot suivant
- Leçon 1 §G4 · Les pronoms : isolés et attachés : ani je, Ato Tu ; terminaisons -i mon/moi, -’ho/-è’ho ton, -éinou notre, -o/-ov son
- Leçon 1 §G5 · Les noms : masculin, féminin, pluriel : féminin -a, qui devient -at/-ot devant une terminaison ; pluriels -im et -ot ; les voyelles s’abrègent quand le mot s’allonge
- Leçon 1 §G6 · Les adjectifs, et les phrases sans « est » : l’adjectif suit son nom et s’accorde avec lui ; placé en tête, il forme une phrase sans mot pour « est »
- Leçon 1 §G7 · Les schèmes verbaux (binyanim) et le hif’il : une racine devient verbe par un schème ; le hif’il signifie « faire faire » et se reconnaît à hè- (passé) ou ma-/mo- (présent)
- Leçon 2 §G10 · L’état construit : « X de Y » : deux noms côte à côte signifient « X de Y » ; l’article va sur le second ; le féminin -a devient -at
- Leçon 2 §G11 · Le pi’el : la lettre du milieu redoublée : le pi’el redouble la lettre médiane de la racine par un daguech ; passé ki-, présent me-
- Leçon 2 §G12 · Terminaisons sur les verbes : « nous » complément ou sujet ? : une terminaison sur un verbe désigne le complément ; -onou « nous » (complément) et -nou « nous » (sujet) se distinguent par les voyelles
- Leçon 2 §G13 · Le participe passif : boroukh : le schème kotouv (kamats, puis ou avant la dernière lettre) signifie « -é » : boroukh béni
- Leçon 3 §G15 · Le participe actif : « Celui qui fait » : le présent du kal a un o après la première lettre de la racine et un é sous la deuxième : pokéa’h, zokèf ; il décrit une action qui continue
- Leçon 3 §G19 · Deux petits signes : le pata’h furtif et la lettre douce : un pata’h sous un ח ou un ע final se lit avant la lettre (koa’h) ; בּ כּ פּ perdent leur daguech après une voyelle (vino, govèr)
- Leçon 4 §G20 · Le futur : une lettre devant : le futur met une lettre préfixe devant la racine : è- (א) je, ti- (ת) tu ou elle, yi- (י) il, ni- (נ) nous ; après אִם il signifie « si … venait à »
- Leçon 4 §G22 · Le hitpa’el : agir sur soi-même : le hitpa’el ajoute hit- (hiss-) devant et redouble la lettre médiane de la racine, comme le pi’el ; il signifie agir sur soi ou pour soi : lehiskayém, « se maintenir en existence »
- Leçon 5 §G26 · « La » : la terminaison -oh avec un point dans le hé : sur un verbe, un infinitif ou un participe, ־ָהּ (avec un mappik, un point dans le hé final) signifie « la » pour un nom féminin : verossoh Tu l’as créée
- Leçon 5 §G28 · Les noms avec un מ devant : beaucoup de noms se forment en plaçant un מ (ma-, mi-) devant la racine : ma’assè une action (ע־שׂ־ה, faire), mitsva un ordre (צ־ו־ה), mitsad un pas (צ־ע־ד)
- Leçon 5 §G29 · « De moi » : מִן avec terminaisons : la préposition מִן « de » devient mi-/mé- devant un mot (§G3) et mimé- devant une terminaison : miméni de moi, méhèm d’eux
- Leçon 6 §G30 · « Qu’Il te bénisse » : le futur comme souhait, avec terminaisons de complément : le futur (§G20) dit aussi « que… » : yevorèkhekho qu’Il te bénisse ; une terminaison après un verbe au futur désigne le complément : -kho te, -èm les
- Leçon 6 §G31 · Ordres et demandes : l’impératif, et נָא : l’impératif est le futur sans sa lettre de tête : tedabèr → dabèr parle ! ; une forme qui nomme l’action peut aussi ordonner (omor) ; נָא fait une demande : vehaarèv no, rends doux, s’il Te plaît
- Leçon 6 §G34 · « Eux » et « nous tous » : les terminaisons de « ils », et כֹּל avec terminaisons : « eux, leur » est -hèm après une préposition (lohèm), -éhèm après un nom pluriel (pérosséhèm), -èm/-om sur un verbe ou un mot court (avorekhèm, koulom) ; כֹּל + terminaison : koulonou nous tous, koulom eux tous
Jusqu’ici, chaque prière de ce cours était en Lachone HaKodech, la Langue sainte. Le Kaddich est différent : il est en araméen (Targoum, « traduction »), la langue de la Guemara et du Targoum de la Torah. Tossefot (Berakhot 3a) explique pourquoi : on disait le Kaddich après la dracha publique, le discours de Torah, et les gens simples venus écouter ne comprenaient pas tous la Langue sainte ; les Sages ont donc fixé le Kaddich « dans la langue du Targoum, que tous comprenaient, car c’était leur langue ».
Une langue sœur. L’araméen et l’hébreu sont proches parents. Ils partagent la plupart des racines, et beaucoup de mots ne diffèrent que par une voyelle ou une terminaison. L’Admour Hazaken écrit que la réponse de l’assemblée est simplement le Targoum d’une phrase hébraïque (Choul’han Aroukh HaRav 56:3) :
- יְהֵא שְׁמֵהּ רַבָּא מְבָרַךְ (yehé chemé rabbo mevora’h) se dit en hébreu יְהִי שְׁמוֹ הַגָּדוֹל מְבֹרָךְ (yehi chemo hagodol mevora’h), « que Son grand Nom soit béni ».
Apprenez les paires, mot à mot. Araméen יְהֵא (yehé), hébreu יְהִי (yehi), « que soit ». Araméen שְׁמֵהּ (chemé), hébreu שְׁמוֹ (chemo), « Son Nom ». Araméen רַבָּא (rabbo), hébreu הַגָּדוֹל (hagodol), « le grand » : l’araméen emploie ici la racine de רַב (rav), « beaucoup, grand ». Araméen עָלְמָא (olmo), hébreu הָעוֹלָם (ho’olom), « le monde ». Araméen שְׁלָמָא (chelomo), hébreu שָׁלוֹם (cholom), « paix ». Araméen בְּרִיךְ (beri’h), hébreu בָּרוּךְ (boroukh), « béni ». Araméen קוּדְשָׁא (koudcho), hébreu הַקָּדוֹשׁ (hakodoch), « le Saint ».
Les petits mots. « Que, qui » se dit דִּי (di), ou simplement un ד attaché au mot suivant, comme שֶׁ en hébreu (§G3) : דְּקוּדְשָׁא, « du Saint » ; דַּאֲמִירָן, « qui sont dites ». « Devant » se dit קֳדָם (kodom), en hébreu לִפְנֵי (lifné) ; « de » se dit מִן (mine), pareil dans les deux langues (§G29). L’ordre « dites ! » à plusieurs est pareil aussi : וְאִמְרוּ (ve’imrou), « et dites », comme en hébreu (§G31).
Là où l’hébreu revient. Le Kaddich n’est pas tout en araméen. Ses premiers mots font écho à un verset de Yé’hezkel (38:23) en hébreu, et ses dernières lignes passent à l’hébreu : וְחַיִּים טוֹבִים, « et une bonne vie », et tout le verset עֹשֶׂה שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו. Comparez שְׁלָמָא dans la ligne d’avant avec שָׁלוֹם ici : le même mot, d’abord en araméen, puis en hébreu.
| יְהֵא | yehé | que soit | hébreu : yehi |
| שְׁמֵהּ | chemé | Son Nom | hébreu : chemo |
| רַבָּא | rabbo | le grand | hébreu : hagodol |
| עָלְמָא | olmo | le monde | hébreu : ho’olom |
| דִּי | di | que, qui | hébreu : achèr ; aussi un ד attaché |
| קֳדָם | kodom | devant | hébreu : lifné |
En hébreu, « le » est un préfixe, הַ (§G9). L’araméen le met à la fin du mot : un א précédé d’un kamats, ־ָא, que nous lisons -o. Les grammairiens appellent cela la forme emphatique ; pour nous, c’est simplement « le » :
- עָלַם (olam), « monde, éternité », devient עָלְמָא (olmo), « le monde » ; avec בְּ, בְּעָלְמָא (be’olmo), « dans le monde » ;
- רַב, « grand », devient רַבָּא (rabbo), « le grand » ; ainsi שְׁמֵהּ רַבָּא, c’est « Son Nom, le grand », « Son grand Nom » ;
- de même שְׁלָמָא (chelomo), « la paix » ; קוּדְשָׁא (koudcho), « le Saint » ; לְעֵֽלָּא (lé’éllo), « en haut » ; et dans Al Yisroël חִנָּא, « grâce », חִסְדָּא, « bonté », et אוֹרַיְתָא, « la Torah ».
Remarquez que, quand on ajoute la terminaison, les voyelles à l’intérieur du mot peuvent se raccourcir, comme en hébreu devant une terminaison (§G4) : עָלַם, mais עָלְמָא.
Les pluriels. Le pluriel hébreu ־ִים (§G5) est ־ִין (-ine) en araméen : רַחֲמִין, « miséricorde », חַיִּין אֲרִיכִין, « longue vie », דְּעָסְקִין, « qui s’occupent ». Avec « les », le pluriel devient ־ַיָּא (-ayo) : עָלְמַיָּא (olmayo), « les mondes », et שְׁמַיָּא (chemayo), « les cieux », en hébreu הַשָּׁמַיִם. Dans une chaîne, « les mondes de » se dit עָלְמֵי (olmé), avec ־ֵי comme en hébreu (§G10) : לְעָלְמֵי עָלְמַיָּא, « aux mondes des mondes », c’est-à-dire « pour toute l’éternité ».
Les pluriels féminins. Le ־וֹת hébreu (§G5) apparaît en araméen comme ־ָן (-one) et, avec « les », ־ָתָא (-osso) : ainsi בִּרְכָתָא (birkhosso), « les bénédictions », שִׁירָתָא, « les chants », תֻּשְׁבְּחָתָא, « les louanges », נֶחֱמָתָא, « les consolations » ; et דַּאֲמִירָן (da’amirone), « qui sont dites », s’accorde avec eux au féminin pluriel (§G43).
| עָלְמָא | olmo | le monde | ־ָא = « le » |
| רַבָּא | rabbo | le grand | ־ָא = « le » |
| רַחֲמִין | ra’hamine | miséricorde | pluriel ־ִין |
| עָלְמַיָּא | olmayo | les mondes | pluriel avec « les » : ־ַיָּא |
| עָלְמֵי | olmé | les mondes de | dans une chaîne : ־ֵי |
| בִּרְכָתָא | birkhosso | les bénédictions | féminin pluriel avec « les » : ־ָתָא |
En hébreu, « son » est la terminaison ־וֹ (§G4) : שְׁמוֹ, « Son Nom » ; מַלְכוּתוֹ, « Sa royauté », comme dans Baroukh Chem. En araméen, « son » se dit ־ֵהּ (-é) : un tséré et un hé avec un point à l’intérieur (mappik), pour que le ה soit une vraie lettre et non un signe de voyelle muet (comparez §G26). La première ligne du Kaddich en est pleine :
- שְׁמֵהּ (chemé), « Son Nom » ;
- כִרְעוּתֵהּ (khir’oussé), « selon Sa volonté » ;
- מַלְכוּתֵהּ (mal’houssé), « Sa royauté » ;
- פּוּרְקָנֵהּ (pourkoné), « Sa délivrance » ;
- מְשִׁיחֵהּ (mechi’hé), « Son oint », le Machia’h.
Cinq fois en deux lignes : le Nom, la volonté, la royauté, la délivrance, le Machia’h, tout est à Lui. Notre siddour imprime שְׁמֵהּ avec cette terminaison ; certaines éditions ont un youd, שְׁמֵיהּ, et la Guemara est imprimée ainsi, mais le mot et son sens sont les mêmes.
« Votre » et « leur » pour plusieurs. L’hébreu dit ־כֶם, « votre » (pluriel), et ־הֶם, « leur » (§G34). L’araméen dit ־כוֹן (-khone) et ־הוֹן (-hone) :
- בְּחַיֵּיכוֹן וּבְיוֹמֵיכוֹן (be’hayékhone ouveyomékhone), « de votre vivant et en vos jours » ; וּלְכוֹן (oulekhone), « et à vous » ;
- תַּלְמִידֵיהוֹן (talmidéhone), « leurs élèves » ; לְהוֹן (lehone), « à eux » ; אֲבוּהוֹן (avouhone), « leur Père ».
Le youd devant la terminaison (-ékhone, -éhone) montre un nom au pluriel, comme en hébreu (§G10) : חַיֵּי, « vie de », יוֹמֵי, « jours de », תַּלְמִידֵי, « élèves de ».
| שְׁמֵהּ | chemé | Son Nom | hébreu chemo |
| מַלְכוּתֵהּ | mal’houssé | Sa royauté | hébreu mal’housso |
| בְּחַיֵּיכוֹן | be’hayékhone | de votre vivant | ־כוֹן = « votre » |
| לְהוֹן | lehone | à eux | ־הוֹן = « eux, leur » |
| אֲבוּהוֹן | avouhone | leur Père | hébreu avihèm |
Le Kaddich s’ouvre sur deux verbes et en enchaîne plus loin huit autres, tous construits de la même façon :
- יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ
- יִתְבָּרֵךְ וְיִשְׁתַּבַּח וְיִתְפָּאֵר וְיִתְרוֹמָם
- וְיִתְנַשֵּׂא וְיִתְהַדָּר וְיִתְעַלֶּה וְיִתְהַלָּל
Comment la forme est construite. Dans la leçon 4 nous avons rencontré le hitpa’el, avec הִתְ devant et une lettre médiane redoublée (§G22). Dans la leçon 4 aussi, nous avons rencontré le futur, avec une lettre devant : י pour « il, cela » (§G20). Mettez-les ensemble : la lettre du futur י prend la place du ה de הִתְ, et on obtient יִתְ (yiss-). Ainsi יִתְגַּדַּל (yisgadal), c’est « qu’il devienne grand », de ג־ד־ל, et יִתְקַדַּשׁ (yiskadach), « qu’il devienne saint », de ק־ד־שׁ. Comme dans la leçon 6, un futur est souvent un souhait (§G30) : « que… ». Le sujet est שְׁמֵהּ רַבָּא, Son grand Nom.
Non pas « Il Se grandit ». Le hitpa’el est souvent réfléchi, « agir sur soi ». Ici, il signifie que Son Nom devient, et se montre, grand et saint dans le monde, par nous. Le verset de Yé’hezkel (38:23), source de ces mots, emploie le même schème au passé, avec la terminaison « je » (§G8) : וְהִתְגַּדִּלְתִּי וְהִתְקַדִּשְׁתִּי, « et Je serai grandi et sanctifié » aux yeux de nations nombreuses. Dans le verset, Hachem le dit de Lui-même ; dans le Kaddich, nous le demandons.
Trois choses à remarquer dans la liste :
- וְיִשְׁתַּבַּח (veyichtaba’h), « et qu’il soit loué », de שׁ־ב־ח : quand la racine commence par שׁ, le ת change de place avec lui (§G22). On lit yich-ta-ba’h, et non yiss-cha-ba’h.
- יִתְבָּרֵךְ (yisborèkh), de ב־ר־ך : la lettre médiane ר ne peut pas prendre de daguech ; au lieu de la redoubler, on allonge la voyelle qui la précède, un kamats sous le ב (comparez בֵּרַךְ, béra’h, au pi’el).
- וְיִתְרוֹמָם (veyissromam), de ר־ו־ם, « haut » : ici il n’y a pas de lettre médiane à redoubler, et c’est la dernière lettre de la racine qui est dite deux fois, ro-mam. Et וְיִתְעַלֶּה (veyiss’allè), de ע־ל־ה, se termine en ־ֶה comme toute racine dont la dernière lettre est ה (§G2).
Deux formes de la ligne précédente sont un autre genre de futur : וְיַמְלִיךְ (veyamli’h), « et qu’Il établisse (Sa royauté) », est un hif’il (§G7, §G20), et וִיקָרֵב (vikorév), « et qu’Il rapproche », a les voyelles du pi’el (§G11). Leur sujet est Hachem ; dans la chaîne de louanges, le sujet est Son Nom.
| יִתְגַּדַּל | yisgadal | qu’il soit grandi | יִ + תְ + ג־ד־ל, ד redoublé |
| וְיִתְקַדַּשׁ | veyiskadach | et sanctifié | ק־ד־שׁ |
| וְיִשְׁתַּבַּח | veyichtaba’h | et loué | ת après le שׁ |
| יִתְבָּרֵךְ | yisborèkh | qu’il soit béni | ר : pas de daguech, kamats devant |
| וְיִתְרוֹמָם | veyissromam | et exalté | ר־ו־ם : dernière lettre dite deux fois |
| וְהִתְגַּדִּלְתִּי | vehisgadilti | et Je serai grandi | Yé’hezkel 38:23, hébreu |
Le même schème, avec un i devant la dernière lettre, forme beaucoup de mots descriptifs araméens : אֲמִירָן (amirone), « dites » (féminin pluriel, §G40), dans דַּאֲמִירָן בְּעָלְמָא, « qui sont dites dans le monde » ; et dans Al Yisroël, אֲרִיכִין (ari’hine), « longs », et רְוִיחָא (revi’ho), « abondante, large ». קָרִיב (koriv), « proche », c’est l’hébreu קָרוֹב (korov).
Une voyelle qui change le sens. Dans la réponse de l’assemblée, מְבָרַךְ (mevora’h) est une autre forme passive, construite sur le pi’el (§G11). L’Admour Hazaken tranche (Choul’han Aroukh HaRav 56:3) qu’on dit le ב avec un kamats et le ר avec un pata’h, pour que le mot signifie « béni », comme l’hébreu מְבֹרָךְ. Si l’on disait le ר avec un tséré, mevorèkh, cela voudrait dire « qui bénit les autres ». Et on dit לְעָלַם avec un kamats sous le ע, et וּלְעָלְמֵי avec son vav, « et aux mondes de ». Une voyelle, une lettre, et la phrase dit autre chose : voilà pourquoi nous apprenons à la lire avec soin.
| בְּרִיךְ | beri’h | béni | hébreu boroukh |
| דַּאֲמִירָן | da’amirone | qui sont dites | ד « qui » + amirone |
| אֲרִיכִין | ari’hine | longs | pluriel ־ִין |
| קָרִיב | koriv | proche | hébreu korov |
| מְבָרַךְ | mevora’h | béni | pata’h sous le ר (56:3) |
Petits mots araméens du Kaddich
| Mot | Translittération | Sens | Racine | Grammaire |
|---|---|---|---|---|
| דִּי / דְּ | di / de | que, qui, de | — | L’hébreu אֲשֶׁר et שֶׁ ; comme préfixe il veut aussi dire « de » (§G39). |
| מִן | mine | de, que | — | Le même en hébreu (§G29). |
| כָּל | kol | tout | כ־ל־ל | Le même en hébreu ; après ד le כ est doux : דְכָל (§G19). |
| קֳדָם | kodom | devant | ק־ד־ם | L’hébreu לִפְנֵי. |
| הָדֵין | hodéne | ce, cet | — | L’hébreu הַזֶּה. |
| יְהֵא | yehé | que soit | ה־ו־א | L’hébreu יְהִי (§G39). |
| אָמֵן omène · Amen après chaque bénédiction que nous entendons | שָׁלוֹם / שְׁלָמָא cholom / chelomo · paix Sim Chalom, et Ossè Chalom à la fin de la Amida |
| יִתְבָּרֵךְ / בָּרוּךְ yisborèkh / baroukh · béni Barkhou, et chaque bénédiction | שְׁמֵהּ / שְׁמוֹ chemé / chemo · Son Nom Baroukh Chem, et « chemo é’hod » dans Alénou |
| עָלְמָא / עוֹלָם olmo / olom · monde, toujours Adone Olam, et « le’olom vo’èd » | יִשְׂרָאֵל Yisroël · Israël Chema Yisroël, et la fin de chaque Kaddich |
- Quel verset de Ye’hezkel donne les premiers mots du Kaddich ? Quel est le contexte, et pourquoi convient-il ?
- Racontez l’histoire de Rabbi Yossi dans la ruine (Berakhot 3a). Que dit Eliyahou qu’il se passe quand des Juifs répondent « Yehé chemé rabbo mevora’h » ?
- D’où la Guemara (Berakhot 21b) apprend-elle que le Kaddich demande dix ?
- Que dit Sota 49a sur ce qui maintient le monde après la Destruction ? En quoi est-ce une lumière dans l’obscurité ?
- Que promet Chabbat 119b à celui qui répond « Amen, yehé chemé rabbo » de toutes ses forces ? Que veut dire « de toutes ses forces », selon l’Admour Hazaken (56:2) et le Hayom Yom ?
- Donnez deux raisons, apportées dans cette leçon, de dire le Kaddich en araméen : l’une de Tossefot, et l’une que Rabbi Tilles cite du Zohar.
- Pourquoi la lettre du Rabbi dit-elle que ce sont justement les plus proches du défunt qui disent Yisgadal ? Vers quels mots du Kaddich pointe-t-il ?
- « Son grand Nom » : expliquez les deux lectures de שְׁמֵהּ רַבָּא (Tossefot, et la ’Hassidout).
- Quelles sont les différentes sortes de Kaddich, et où dans les prières dit-on chacune ?
- Trouvez tous les mots des deux premières lignes qui se terminent par « Son, Sa ». Comment s’écrit « Son » en araméen, et en hébreu ? → voir §G41
- Énumérez les huit verbes en yis-. Dans lequel le ת change-t-il de place avec la première lettre de la racine, et pourquoi ? → voir §G42, Leçon 4 §G22
- Qu’ont en commun עָלְמָא, רַבָּא et שְׁלָמָא ? Et qu’ajoute la terminaison ־ַיָּא dans עָלְמַיָּא et שְׁמַיָּא ? → voir §G40
- Comparez בְּרִיךְ avec בָּרוּךְ, et קָרִיב avec קָרוֹב. Qu’enseigne l’Admour Hazaken sur la voyelle de מְבָרַךְ (56:3) ? → voir §G43, Leçon 2 §G13
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